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Natalité en berne… La faute de ceux qui gouvernent ?


Lors de son allocution télévisée du 25 avril, Emmanuel Macron a évoqué vouloir « redéfinir la force d’une politique familiale ». Les attentes sont nombreuses. En effet, le nombre de naissances en France a baissé en 20181, et c’est la quatrième année consécutive… Voici quelques explications. Les causes de cette baisse nous amènent d’ailleurs à considérer certains enjeux sociétaux actuels sous un autre angle : celui de leur possible impact sur une détérioration du niveau de vie des personnes concernées, les femmes et leurs enfants.

Les causes de la pause (des naissances)

En 2018, 758 000 « a-reuh » de nouveaux-nés ont été poussés, soit 12 000 de moins qu’en 2017 et 60 000 de moins qu’en 2014. La baisse de la fécondité diminue ainsi depuis quatre ans en France : en 2018, l’indicateur conjoncturel de fécondité est de 1,87 enfant par femme (contre 1,96 en 2015). Plusieurs explications concomitantes sont avancées par les spécialistes et/ou les Français interrogés dans la presse sur le sujet. Certaines sont psychologiques : « changement de mentalité chez les jeunes générations » lit-on dans le Monde du 15 janvier 2019 ; d’autres sont factuelles : baisse du nombre de femmes en âge de procréer2, hausse de l’âge moyen de la maternité (30,6 ans en moyenne en 2018, un chiffre qui a augmenté de plus de quatre ans depuis 1977) ; d’autres explications sont économiques et/ou matérielles : effets de la crise économique de 2008, perte de pouvoir d’achat et de confiance dans l’avenir… Car nombreux sont les experts qui établissent un lien entre la baisse des naissances et la politique gouvernementale qui n’a cessé, dernièrement, d’être défavorable aux familles. Un postulat qui est d’ailleurs vérifiable à l’échelle de l’Europe : « Les pays européens les moins généreux pour les familles (…) affichent les indices de fécondité les plus faibles », pose le démographe Gérard-François Dumont. Les Français perçoivent aussi les choses en ce sens : « un tiers d’entre eux estiment que les divers coups de rabot successifs à la politique familiale ont abouti à leur faire différer ou renoncer à un avoir un enfant » découvre-t-on dans un sondage IFOP pour les AFC de mars 2019.

Coups de rabot… Allo maman bobo !

Les gouvernements Hollande puis Macron ont entrepris des réformes globalement défavorables aux familles avec enfants. En 2015, la modulation des allocations familiales en fonction des revenus est entrée en vigueur, impactant au passage 10 % des 5 millions d’allocataires ; la prime de naissance versée à partir du deuxième enfant a été divisée par trois. Le congé parental est quant à lui en déshérence depuis la réforme de 2015 voulue par Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre des Droits des femmes, et l’instauration de la « Prestation partagée d’éducation de l’enfant ». Cette mesure, qui devait inciter les pères à prendre plus de congés parentaux s’est soldée par un échec : les congés parentaux ont chuté de 30 % en 2017. Pourquoi ? L’aide apportée est loin de compenser la perte d’un salaire ; et encore moins celui du père, qui a parfois le plus gros salaire du foyer3. Saupoudrons ces éléments d’un abaissement du quotient familial depuis 2012 (promesse de campagne de François Hollande), c’est-à-dire l’abaissement de l’avantage fiscal lié à la présence d’enfants à charge dans le foyer (le seuil de revenus était de 2336 € par demi-part en 2012 ; il est de 1527 € en 2018)… Bref, la réforme de 2015 a appauvri les familles, et d’autres signaux actuels ne sont pas plus « porteurs », comme la réforme des retraites en cours qui pourrait porter préjudice aux parents de famille nombreuse en supprimant notamment le bonus de 10 % de leur pension à partir du troisième enfant… Pour l’UNAF (Union nationale des associations familiales), la baisse de la natalité est une « preuve probable que les familles ont de moins en moins confiance dans l’avenir et que leur existence au quotidien avec des enfants s’est dégradée ». Le socle familial est fragilisé par les politiques familiales ; d’autres dangers plus pernicieux le menacent, venant encore du Gouvernement.

Natalité et… questions de société

Les réformes de 2015 ont été faites par économie : la modulation des allocations familiales était censée rapporter 400 millions d’euros dès 2015 puis 800 millions d’euros en année pleine ; la seule qualité a posteriori de la nouvelle « prestation partagée d’éducation de l’enfant » est d’avoir réduit les dépenses sociales de plus d’un milliard d’euros entre 2013 et 2017. Dans ce contexte de restriction, on peut s’interroger sur le bien-fondé de l’ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, prévue dans la révision de la loi relative à la bioéthique4. D’autant plus que l’Europe vient d’adopter, contre l’avis de la France, une directive augmentant le niveau de rémunération du congé parental, applicable dans les cinq ans, qui coûtera fort cher au pays. Autre problème soulevé par l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, l’« institutionnalisation » de la maternité solitaire. On sait en effet que les familles monoparentales sont les plus précaires : 1 famille monoparentale sur 3 vit sous le seuil de pauvreté (soit 2,5 fois plus que la moyenne nationale5) ! 74 % des 16/25 ans considèrent que le modèle idéal de famille est un « couple marié avec un ou plusieurs enfants »6. La famille est un repère stable, plébiscité à droite comme à gauche7 ; elle est au cœur du fonctionnement français, au-delà des clivages. 94 % des Français font confiance à leur famille8. Pour le philosophe François-Xavier Bellamy, le mouvement soci(ét)al des Gilets jaunes, qui exprime combien la confiance des Français envers le gouvernement et l’avenir est ébranlée, est corrélé à la crise actuelle de la famille. C’est ainsi peut-être, en arrêtant de porter des coups de boutoir contre ce socle, que le Gouvernement pourrait commencer à renouer le dialogue ?

SC

 

 

 

À retenir !

>Les chiffres de la natalité française semblent corrélés à la confiance en l’avenir qu’ont les Français.

>Les mutations sociétales actuelles ou en gestation risquent de fragiliser davantage la famille, principe structurel fondamental de nos valeurs républicaines et nationales. Donc l’ancrage de tous les Français, donc leur confiance en l’avenir. Donc la natalité ?

 

1Dernier bilan démographique de l’Insee.
2On comptait, en 2018, 8,4 millions de Françaises âgées de 20 à 40 ans, contre 8,8 en 2008 et 9,1 en 1998 (article du Monde du 15 janvier 2019).
3Cette réforme ratée a d’ailleurs poussé le Haut conseil de la famille, dans un rapport de février 2019, à plaider notamment pour des congés parentaux plus courts mais mieux rémunérés.
4« Selon le conseil d’orientation de l’Agence de la biomédecine, aujourd’hui le coût de l’AMP pour l’assurance maladie peut être évalué à environ 200 millions d’euros par an, soit 0,1 % de l’objectif national des dépenses d’assurance maladie » (p. 71 du rapport de mission d’information sur la révision de la loi relative à la bioéthique de Jean-Louis Touraine).
5Source : Insee Références, édition 2015 -Dossier – Les variations de niveau de vie (cité dans La famille en France ; 10 grandes tendances du think tank Vers le haut, posté le 25 mars 2019). Il y est aussi précisé que les mères les plus diplômées sont deux fois moins souvent en famille monoparentale que celles sans diplôme…
6Insee 2017, cité dans le document ci-dessus.
7Pour 91 % des Français, « La famille est une valeur partagée par tous et qui n’est ni de gauche ni de droite ». Sondage Ifop janvier 2017, cité dans le document ci-dessus.
8Sondage IFOP de janvier 2017, cité dans le document ci-dessus.