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Jacques Julliard: «Coronavirus, retour à la condition humaine»


CHRONIQUE – L’historien et essayiste explique les différentes représentations de l’homme qui étaient en faveur avant la pandémie et qui se trouvent aujourd’hui bousculées. De surcroît, cette épreuve collective nous invite à un examen de conscience.

Jusqu’au coronavirus, nous avions vécu des temps nietzschéens. «Je vous enseigne le Surhomme», dit Zarathoustra au peuple assemblé, «l’homme est quelque chose qui doit être dépassé».

Aux temps de l’antihumanisme

Le grand événement intellectuel du dernier quart du XXe siècle, c’est la rupture opérée par l’élite philosophique française avec l’humanisme des siècles précédents jusqu’à Sartre. Ce rejet qui nous était revenu en boomerang des États-Unis sous le nom de «French Theory». Le plus doué, le plus profond de ces philosophes, Michel Foucault, l’avait dit à la fin des Mots et les Choses«L’homme est une invention dont l’archéologie de notre pensée montre aisément la date récente. Et peut-être la fin prochaine(…),comme à la limite de la mer un visage de sable.»

Il faut tenir compte de la tournure provocatrice, et parfois métaphorique, de la pensée de Foucault. Ce qu’il voue à une mort prochaine, ce n’est pas l’espèce humaine, c’est la vision humaniste de l’homme, telle que l’avait élaborée l’Occident au cours des trois derniers siècles. Du reste, cet antihumaniste théorique qu’était Foucault se conduisait en humanitaire pratique, militant des droits de l’homme, fondateur avec Jean-Marie Domenach, directeur d’Esprit, du Groupe d’information sur les prisons. Quand ce dernier l’avait interpellé sur l’apparente contradiction entre ses deux attitudes, il avait répondu de manière plutôt dilatoire.

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