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Bioéthique: «Parce que nos consciences nous interdisent de nous taire…»


FIGAROVOX/TRIBUNE – Pour Damien Le Guay, la mobilisation «Marchons enfants» qui a réuni plusieurs dizaines de milliers de personnes dimanche à Paris contre la loi bioéthique n’est pas inutile. Elle fait entendre une voix qui a été souvent étouffée lors des débats législatifs.

Philosophe, éthicien, membre émérite du Conseil scientifique de la Société française d’accompagnement et de soins Palliatif (La SFAP), Damien Le Guay enseigne au sein des espaces éthiques régionaux d’Ile-de-France et de Picardie. Il est l’auteur de plusieurs essais sur la mort, dont, notamment Le fin mot de la vie (Le Cerf, 2014).

«À quoi bon aller manifester quand tout semble plié d’avance!» Toujours, quand il s’agit de sujets éthiques, et surtout quand ils vont à l’encontre de l’air du temps, un découragement semble devoir s’imposer. Et puis, après tout, quand tout le monde défend des intérêts catégoriels, qui sa retraite et qui ses droits salariaux, pourquoi faudrait-il défendre d’invisibles principes généraux et de mystérieuses normes anthropologiques, considérant que les premiers sont tordus par ceux-là mêmes qui sont censés défendre l’éthique, et que les seconds sont en pleine révolution sous l’effet de nouvelles normes juridiques?

Certes la démocratie suppose la décision majoritaire, mais, fort heureusement, tant que les assemblées législatives délibèrent, tant que les débats sont censés avoir lieu, les arguments doivent pouvoir se dire – dans l’espoir d’infléchir ceux qui décident, d’infléchir le projet de loi, d’infléchir surtout les membres du parlement qui suivent le mouvement à défaut de le partager. Tant qu’il y a un espace de discussion, il est encore temps de se manifester.

Et puis surtout, reste un inexpugnable devoir de conscience. Quand la conscience individuelle s’insurge, pourquoi resterait-elle silencieuse? Quand sa morale personnelle est offusquée, pourquoi devrait-elle se taire une fois pour toutes? Si, en démocratie, la loi exprime une morale collective (qui est d’autant plus puissante qu’elle refuse de se dire comme telle), il n’en demeure pas moins un droit individuel à la dissidence morale. La légalité s’impose à tous, et doit être respectée comme norme sociale commune, mais, en même temps, chacun est maître de sa légitimité morale. L’enjeu de cette insurrection éthique sur les sujets dits «de société» est d’abord d’exiger le droit de ne pas penser comme tout le monde et aussi de ne pas penser comme la Loi – celle qui va s’établir ou celle qui est déjà établie.

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