Image - La Croix Titre : “Selon un sondage, les électeurs de droite veulent réécrire la loi sur le mariage pour tous”

La Croix Titre : “Selon un sondage, les électeurs de droite veulent réécrire la loi sur le mariage pour tous”


Laurent de Boissieu, le 05/06/2016 à 17h33 dans La Croix

Plus des deux tiers des électeurs qui iront voter à la primaire de la droite attendent que leur candidat remette en cause, partiellement ou totalement, la loi Taubira ouvrant le mariage civil et l’adoption aux couples de personnes de même sexe.

Image15454

Si 71 % des votants à la primaire de la droite acceptent désormais l’idée du mariage homosexuel, 68 % d’entre eux restent réticents à l’adoption. / Cyril Badet/Ciric

Alors que des milliers de personnes étaient descendues dans la rue en 2013, la question était jusqu’à présent restée sans réponse : « La manif pour tous » va-t-elle peser dans la primaire de la droite ? Pas forcément l’organisation en tant que telle, mais ce qu’elle porte : l’abrogation de la loi Taubira.

Selon le sondage réalisé par l’institut OpinionWay (1) que La Croix présente en exclusivité, 40 % des personnes certaines d’aller voter en novembre prochain à la primaire de la droite souhaitent « un aménagement de la loi Taubira pour réserver l’adoption aux couples hommes-femmes », 31 % « le maintien de la loi Taubira en l’état » et 28 % « la suppression de la loi Taubira et le retour au mariage et à l’adoption uniquement pour les couples hommes-femmes ».

Ces chiffres peuvent se lire de plusieurs manières. D’un côté, cela signifie que 71 % acceptent désormais l’idée du mariage homosexuel. D’un autre côté, que 68 % refusent toujours l’idée de l’adoption par deux personnes de même sexe et remettent donc en cause, partiellement (40 %) ou totalement (28 %), la loi Taubira.

Un débat extrêmemnt fort au sein des électeurs

« Il y a encore un débat extrêmement fort au sein des électeurs qui iront voter à la primaire, qui se cristallise autour de la question de l’adoption, décrypte Bruno Jeanbart, directeur général adjoint d’OpinionWay. Deux phénomènes expliquent cette réticence à l’adoption homosexuelle: la part des catholiques dans l’électorat de droite, plus importante que dans l’ensemble de la population, et le clivage d’âge. »

De fait, le sondage révèle que les personnes âgées de 65 ans et plus sont les moins nombreuses à vouloir le maintien de la loi Taubira en l’état (23 %). Or, comme lors de la primaire PS-PRG pour l’élection présidentielle de 2012, la primaire de la droite pour celle de 2017 devrait mobiliser un électorat plus âgé que la moyenne.

Ces chiffres sont bien entendu à comparer avec les positions des principaux candidats déclarés ou probables à la primaire. Les 28 % favorables à l’abrogation de la loi Taubira sont représentés par deux candidats crédités de moins de 1 % des intentions de vote : Hervé Mariton et Jean-Frédéric Poisson (président du Parti chrétien-démocrate).

Décalage entre électeurs et candidats

Les 31 % favorables au maintien de la loi Taubira en l’état sont, eux, représentés par Alain Juppé (39 % des intentions de vote), Nicolas Sarkozy (27 %) et Nathalie Kosciusko-Morizet (3 %). Enfin, la position intermédiaire est, de façon plus ou moins claire, celle de Bruno Le Maire et surtout de François Fillon (13 % d’intentions de vote chacun). Si, durant la campagne, l’un des deux assume clairement dans son projet une réécriture de la loi Taubira à travers la suppression de l’adoption homosexuelle, nul doute que le débat serait relancé.

Quoi qu’il en soit, c’est justement parce que ses militants ressentaient sur le terrain ce « décalage » que « La manif pour tous » a eu l’initiative de ce sondage. D’autant plus qu’après avoir rencontré la quasi-totalité de ces candidats à la primaire, sa présidente, Ludovine de La Rochère, a ressenti leur « malaise » sur le sujet. « Ils n’ont pas intégré la très grande attente de sens, ce qui participe à creuser le fossé entre la classe politique et les Français, déclare-t-elle. La question de la famille est très représentative du courage et de la capacité à comprendre puis répondre à des questions complexes et de long terme, même si elles ne paraissent pas urgentes. »

Le sondeur Bruno Jeanbart nuance néanmoins l’impact des prises de position sur la loi Taubira, bien que « cette question sépare nettement l’électorat des deux grands concurrents ». Au second tour de la primaire, en effet, les électeurs favorables au maintien de la loi Taubira sont 37 % chez Alain Juppé et 18 % chez Nicolas Sarkozy ; inversement, ceux favorables à son abrogation sont 42 % chez Nicolas Sarkozy et seulement 18 % chez Alain Juppé. « Nicolas Sarkozy est plus en décalage avec son électorat, mais ce dernier s’attache au sentiment plus global qu’il est davantage ancré à droite sur les valeurs », analyse-t-il.

——————————————————————-

Laurent de Boissieu

(1) Sondages OpinionWay pour « La manif pour tous » et Marianne, effectués du 19 au 23 mai 2016 auprès d’un échantillon de 808 personnes certaines d’aller voter à la primaire de la droite.