En guerre contre l’infox, Emmanuel Macron ne tordrait-il pas la réalité à son compte ?


Le 15 janvier dernier, Emmanuel Macron s’est quelque peu emmêlé les pinceaux en répondant à Frank Meyer, maire de Sotteville-sous-le-Val (Seine-Maritime), qui l’interrogeait sur les États Généraux de la Bioéthique.

Pendant plus de 6 heures, le président de la République a répondu, mardi 15 janvier, aux interrogations de 600 maires normands, rassemblés à Grand Bourgtheroulde, dans l’Eure. De nombreuses questions lui ont été posées, sur tous les sujets.

 

Une question claire de Frank Meyer

Près de 2 heures et demi de questions, Frank Meyer s’exprime sur le sujet des États Généraux de la Bioéthique.

Après avoir demandé à Emmanuel Macron d’écouter les citoyens qui s’y sont exprimés, Franck Meyer rappelle au Président de la République les trois demandes les plus importantes qui sont ressorties de la consultation : la levée de l’anonymat sur les dons de gamètes, la non-marchandisation du corps humain, et enfin le statu-quo concernant les règles d’accès à la procréation médicalement assistée.

Frank Meyer aborde donc bien la question des demandes des Français exprimées dans le cadre des États Généraux de la Bioéthique, de l’expression populaire. Il répète d’ailleurs plusieurs fois : « Je crois qu’il faut les écouter ! »

 

Une réponse beaucoup moins exacte d’Emmanuel Macron

Un peu plus tard, Emmanuel Macron répond à Frank Meyer. Il donne alors raison au maire de Sotteville-sous-le-Val sur ses deux premiers points, mais lui reproche d’avoir « tordu l’avis [du CCNE] sur le troisième ».

Pour formuler cette réponse, le président de la République se base sur la « Contribution du Comité consultatif national d’éthique à la révision de la loi de bioéthique 2018-2019 » (avis numéro 129) qui n’est pas un compte-rendu des États Généraux de la Bioéthique (EGB). Cet avis 129 réaffirme nombre des propositions et avis que le CCNE avait lui-même déjà formulés avant les EGB, sans vraiment prendre en compte le contenu très riche des débats, mais également des discussions et nombreuses réserves émises par les Français.

Emmanuel Macron va même jusqu’à conclure :

Le CCNE a fait une synthèse de l’expression populaire, et il en est revenu avec cela (avec un avis favorable à la PMA, ndlr).

Ce faisant, Emmanuel Macron entretient – sciemment ou pas – la confusion entre l’expression des Français dans le cadre des États Généraux de la Bioéthique, et l’avis du Comité National Consultatif d’Ethique, qui n’est aucunement un compte-rendu de ces débats, au contraire.

 

Les véritables résultats des États Généraux de la Bioéthique

Le site (toujours en ligne) mis en place par le Comité National Consultatif d’Ethique compte plus de 1250 propositions 27 500 arguments. Ils ont été lus et analysés par de nombreux médias.

Les conclusions – présentées, par exemple, dans Le Figaro du 6 juin 2018 – sont sans appel : les Français ne veulent pas de l’extension de la procréation médicalement assistée à toutes les femmes et aux femmes seules.

 

 

Pour conclure sa réponse à Frank Meyer, Emmanuel Macron exprime un vœu :

Moi je veux que [l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules] soit un sujet sur lequel la France ne se déchire pas.

 

Or ce n’est pas en tordant la vérité qu’Emmanuel Macron évitera que la France ne se déchire, bien au contraire ! Alors écoutez les Français, M. le Président : n’ouvrez pas ce débat.