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« Les droits de l’homme dénaturé », de Grégor Puppinck


En quelque 300 pages qui se dévorent quasi comme un polar, Grégor Puppinck, expose les intentions d’origine de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, mais aussi le compromis qu’elle est entre deux visions de l’Homme opposées. L’auteur qui, comme directeur du Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ), suit au quotidien les décisions de la Cour européenne des droits de l’Homme, raconte toute l’histoire d’une dérive, lente mais sûre. Ce qui n’est veut pas dire qu’elle est inexorable !

En 1948, la communauté internationale sort exsangue d’un conflit dévastateur. Les pays ont à cœur de mettre en place les garde-fous qui empêcheraient l’émergence d’autres régimes totalitaires. C’est dans ce but que les Etats planchent sur la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Cette déclaration veut placer au-dessus des Etats une ligne directrice universelle, guidant les gouvernements vers l’achèvement d’une paix et d’une justice universelles. L’écriture de cette Déclaration voit s’opposer deux visions fondamentalement différentes de l’Homme, tel qu’il doit être pris en compte. D’un côté la vision de la démocratie chrétienne portée par Jacques Maritain fondée sur le droit naturel, de l’autre, une vision matérialiste et individualiste théorisée par Julian Huxley.

Ce conflit restera en suspens et la Déclaration de 1948 portera en elle une ambiguïté fondamentale, source de toutes les dérives actuelles : faute d’avoir pu choisir entre deux conceptions de l’Homme, le texte reste flou et devient sujet à toute sorte d’interprétation sur les concepts de dignité humaine, liberté de conscience et sur la loi naturelle.

C’est sur ce flou initial que s’opère le détournement du texte et par là, le retournement complet des intentions des pères fondateurs.

Alors que la Déclaration universelle des droits de l’Homme devait servir de base universelle pour unir et souder les peuples vers une paix universelle, l’interprétation et l’utilisation du texte va au contraire être le terreau d’un individualisme toujours plus gourmand.

Le texte de 1948 sert en effet de base pour le développement de l’individualisme. L’individu doit s’autonomiser et s’autodéterminer et cela passe par la conquête de nouveaux droits : droit matériel de disposer de son corps, droit de mourir volontairement, d’avorter, d’euthanasier les tiers, à la liberté sexuelle, à l’enfant…la liste s’allonge à mesure que le règne de l’individu progresse.

Ce basculement, c’est la victoire de la vision matérialiste de l’Homme portée en 1948 par Huxley. Détaché de toute transcendance, l’individu porte en soi le principe de son accomplissement et est appelé à dépasser la nature pour se libérer, s’autonomiser et donc s’autodéterminer.

Les Droits de l’Homme ainsi utilisés deviennent le meilleur support du transhumanisme, prolongement logique de la philosophie matérialiste. Le texte sert alors de justification pour dépasser, par exemple, la médecine en abandonnant toute finalité thérapeutique : ouverture de la PMA, légalisation de la GPA…

Finalement, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme s’érige en une nouvelle morale universelle, indiscutable et intouchable, visant à l’amélioration de l’homme en passant par la libération et l’autonomisation toujours plus grande de l’individu.

Loin de l’intention première d’un texte unificateur, les Droits de l’Homme sont au contraire aujourd’hui l’instrument d’une redéfinition de l’homme, imposant, parfois à marche forcée, une nouvelle morale mondiale à travers des instances internationales confisquant la souveraineté des Etats.

Finalement, la condition du consensus du texte de 1948 est en réalité le terreau de la dénaturation des Droits de l’Homme et de leur basculement d’un horizon en une idéologie : refuser de définir la personne, c’est l’exposer aux pires dérives.

 

Le livre peut être commandé en ligne : PUPPICK, Gregor. Les droits de l’homme dénaturé. Les éditions du Cerf. 2018, 304 pages