Image - 52% des étudiants français vivent encore chez leurs parents : pourquoi la solidarité familiale constitue désormais l’un des outils les plus efficaces pour lutter contre la crise

52% des étudiants français vivent encore chez leurs parents : pourquoi la solidarité familiale constitue désormais l’un des outils les plus efficaces pour lutter contre la crise


En période de crise, on reste chez soi ! Bonne ou mauvaise idée ? La frontière entre solidarité familiale et dépendance financière et affective est bien mince.

Atlantico : D’après une étude CSA réalisée pour le site Log-etudiant, 52% des étudiants français en 2016 vivent chez leurs parents… Au total, toujours selon l’étude, seuls 33% des étudiants réussissent à trouver un logement indépendant (seuls ou en colocation). Sous quelles formes la solidarité intergénérationnelle au profit des jeunes adultes s’illustre-t-elle actuellement ? Dans quelle mesure cette entraide permet-elle de pallier le contexte économique morose qui traverse la société ?

Serge Guérin : Tout d’abord, permettez-moi de dire que cette étude est particulièrement intéressante puisqu’elle prouve que, contrairement à ce que l’on a l’habitude de croire, la solidarité intergénérationnelle fonctionne.

Si elle est populaire aujourd’hui, c’est qu’elle incarne une réponse pratique à un besoin pragmatique : celui du logement. Qu’il s’agisse de prêts financiers entre membres de la même famille, ou bien de cohabitations prolongées entre parents et enfants, la solidarité familiale tend vers un même but : répondre efficacement à l’augmentation des coûts du logement. Besoin d’autant plus imminent que, dans ce contexte morose, comme vous dites, les jeunes rencontrent plus de difficultés pour trouver un travail ; tandis que les familles, subissant elles aussi les effets de la crise, sont moins en mesure d’aider pécuniairement leurs enfants. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on en vient à observer des aides en provenance de la troisième génération. Les grands-parents pouvant parfois pallier les besoins de leurs enfants ou petits-enfants.

La solidarité familiale, quelle que soit sa forme, est à appréhender comme une réponse de proximité. Elle se manifeste lorsque l’Etat providence n’assure pas sa fonction providentielle … lorsque nombre des mesures instaurées par le gouvernement n’aident clairement pas les destinataires, mais participent au contraire à aggraver leur sort. Prenez les APL, ou ces organismes réduisant le prix des permis de conduire : ils visent a priori à aider les jeunes, et à stimuler l’économie. Mais en réalité, ces mesures alimentent un cercle vicieux en participant à l’augmentation des prix immobiliers et des obtentions de permis.

Les causes économiques ne sont néanmoins pas les seules responsables du succès de cette solidarité innovante. La vie partagée entre plusieurs générations se justifie grâce à la présence d’un intérêt commun aux deux “colocataires”. Sous la forme d’une nouvelle réciprocité, parents et enfants se rendent mutuellement service : l’un profite du toit et des repas, tandis que l’autre peut profiter des services de l’occupant (aide pour les courses, pour le ménage, pour ce qui concerne les “nouvelles technologies”…).

 

Les chiffres du chômage du mois de juin montrent d’ailleurs que les jeunes actifs et les seniors sont les catégories les plus sévèrement touchées. Si les plus jeunes réussissent dans leur ensemble à obtenir l’aide de leurs aînés, cette solidarité s’observe-t-elle également envers les plus âgés ? Quelles pratiques est-il possible d’observer ?

En période de crise économique, les deux bouts de la chaîne générationnelle sont les plus en difficulté. D’un côté, on tente non sans difficulté d’entrer sur le marché du travail. De l’autre, on cherche désespérement à y rester. A partir de ce schéma aussi simpliste que réaliste, il n’est pas étonnant de voir effectivement se mettre en place une solidarité envers les plus âgés. Si on ne peut pas vraiment parler de “parents qui retournent vivre avec leurs enfants” (ou alors beaucoup plus tard, quand les lourds problèmes médicaux requièrent une assistance des enfants pour leurs parents), reste que de nombreux adultes sont aidés par leurs parents. L’aide, comme j’ai pu le mentionner plus tôt, peut se décliner sous la forme d’une aide financière directe. Ce mouvement “ascendant” demeure néanmoins plus rare, car les jeunes n’ont évidemment pas toujours les moyens de subvenir et aux leurs, et à ceux de leurs parents – à moins d’avoir réussi à glisser un pied stable dans cet hostile marché du travail !

Quelles sont les conséquences, tant en termes économiques que sociaux de voir la dépendance à la famille au sens large s’accroître ? Quels sont les effets positifs et néfastes qui accompagnent ce phénomène ?

On peut facilement être tenté de regarder ces phénomènes sous un angle négatif. Les discours associés à une longue durée de vie chez les parents, ou à une dépendance financière quelle que soit sa forme, soulignent les risques de retard sur la société, de décalage avec les jeunes qui auraient quitté le nid parental plus vite, ou qui se seraient plus vites confrontés aux réalités de la vie. Mais il faut faire la part des choses : il s’agit en premier lieu de distinguer ce que l’on appelle “jeune”. On ne peut pas juger de la même manière un jeune de 20 ans, d’un (toujours) jeune de 28 ans.

Le second cas est plus propice à voir ces effets néfastes se réaliser.

Distinction faite, on peut quand même voir en cette “dépendance familiale” un aspect positif : la transmission culturelle est plus longue, les enfants reçoivent une meilleure préparation à la vie, un plus grand développement de soi… Et puis, c’est un avantage majeur pour les enfants : quand la soupe est bonne, on peut dépenser avec plaisir ses sous dans d’autres objets ! Et ceux-ci ne sont pas forcément matériels : voyages, épargne, etc. Le (bon) choix est large.

A noter aussi que nous vivons dans une société de longévité. Cela se traduit concrètement par une augmentation de l’espérance de vie. Nous allons forcément être actifs beaucoup plus longtemps, et nous travaillerons jusqu’à 75 ans ! La période de jeunesse, elle aussi, devrait donc s’étendre. Et ces syndrômes de cohabitations entre parents et enfants pourraient bien se multiplier…

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