Ludovine de La Rochère – Marchons Enfants ! – 6 octobre 2019


Intervention de Ludovine de La Rochère, présidente de La Manif Pour Tous, lors de la grande manifestation « Marchons Enfants ! » du 6 octobre 2019, organisée par plus de 20 associations partenaires, contre la PMA sans Père et la GPA.

Discours intégral

Seul le prononcé fait foi

Mes chers amis,

Fidèles à votre promesse, vous êtes là, foule immense, merci !

Manifester unis, c’est la grande force que nous avons pour faire entendre la voix de la raison et du cœur, dénoncer un projet de loi inique et appeler tous les Français à l’unité pour lui faire barrage.

Sous la bannière « Marchons enfants », vous venez de tous les horizons philosophiques et religieux, de toutes les sensibilités politiques, de droite, de gauche et du centre. Cette unité, c’est une grande victoire !

Bravo pour votre courage ! Bravo d’avoir bravé les intimidations, le politiquement correct et les injonctions moralisatrices au nom d’une pseudo égalité.

En venant manifester aujourd’hui, vous sonnez le tocsin.

Le danger que nous annoncions est là.

Vous le savez tous : la majorité a été jusqu’à voter un amendement qui reconnaît de facto le principe de la GPA ! A la seule condition qu’elle soit réalisée à l’étranger !

Malgré cela, malgré les faits, depuis vendredi, le gouvernement répète qu’il est résolument et définitivement contre la GPA et la légalisation automatique des enfants,

Mais pour qui nous prennent-ils ?

Des naïfs ? Des abrutis ?

Ils disent que nous sommes des radicaux qui nous agitons.

Pourtant, ce que nous annoncions depuis 2012 se produit comme dans un jeu de domino : après le Pacs, le mariage pour tous, la PMA sans père et la GPA.

Nous n’avons donc pas d’autre choix que de nous battre.

Et je vous le dis : rien n’est perdu, rien n’est fait, rien n’est inéluctable : ensemble nous ne subirons pas l’Histoire, nous l’écrirons !

Tout commence aujourd’hui grâce à vous !

Emmanuel Macron a dit de ce projet de loi de bioéthique qu’il est « la loi de tous les dangers ». Pourquoi ?

Parce qu’elle est un poison et il le sait : elle trahit la démocratie, elle divise la France, elle est contraire aux valeurs de la République française : liberté, égalité, fraternité !

Ce projet de loi trahit la démocratie

Lorsqu’Emmanuel Macron a été élu, il a dit qu’il ferait voter la PMA sans père à deux conditions : un avis positif du Comité consultatif national d’éthique et un large consensus dans la société.

Si le CCNE a émis, dans la division et le déshonneur, un avis positif, les Français, en revanche, ont exprimé à plus de 80% leur souhait d’un statu quo sur l’encadrement de la PMA lors des Etats généraux de la bioéthique.

Mais le gouvernement refuse de tenir compte de cette consultation officielle, pourtant prévue par la loi, et ce, malgré la participation de plus de 17 000 Français.

C’est une trahison ! Les Français en ont assez d’être méprisés et humiliés.

Ils en ont assez que ceux qui les gouvernent leurs mentent quand les résultats des consultations citoyennes ne conviennent pas au pouvoir.

Je dis à Emmanuel Macron et son gouvernement : ça suffit !

Cette trahison du pouvoir se double d’un reniement de la parole d’Edouard Philippe. Fermement opposés à la PMA sans père, il a retourné sa veste pour rester à Matignon. Qui peut encore croire qu’il ne la retournera pas, dans quelques mois, sur la GPA ?

De grâce, monsieur le Premier Ministre, ne venez pas vous plaindre ensuite que le peuple n’accorde plus de crédit à la parole politique !

Par ailleurs, ce projet de loi divise toute la France.

Mais comment cela ne pourrait-il pas être le cas quand l’Etat veut priver délibérément des enfants de père ?

Dans leur histoire, les Français se sont toujours levés contre les injustices.

Depuis 1917, la République protège les pupilles de la Nation, précisément parce qu’ils sont orphelins de père. C’est ce qui fait la grandeur de notre pays. Mais aujourd’hui, en 2019, la République prévoit, au contraire, de faire sciemment des enfants orphelins de père !

Victor Hugo, Jean Jaurès, Abbé Pierre, réveillez-vous, ils sont devenus fous !

Aujourd’hui on veut nous faire croire qu’un enfant n’a pas le droit d’avoir un père. Qui êtes-vous monsieur le député Touraine pour professer une telle monstruosité ? Demain, vous nous direz qu’il n’a pas besoin de mère. Et après-demain, qu’il n’a pas besoin de parents ? C’est terrifiant.

Avec un tel projet de loi, c’est bien le pouvoir qui est responsable de la fracture sociale et des divisions qui parcourent notre société à son sujet. Et c’est lui qui nous oblige à descendre dans la rue aujourd’hui !

Au lieu de s’occuper des 6 millions de chômeurs, des dizaines ou centaines de milliers de Gilets Jaunes qui défilent depuis bientôt un an en criant leur désespoir, des services d’urgence débordés de nos hôpitaux, de nos forces de l’ordre sous-équipées, mal payées, des agriculteurs ou encore des retraités en grande difficulté…

Au lieu de s’occuper des 2 millions et demi de familles monoparentales, dont on sait que la situation est l’une des premières causes de la pauvreté, Emmanuel Macron et Edouard Philippe ont décidé qu’il était prioritaire d’augmenter le nombre de familles monoparentales et de faire vo-lon-tai-re-ment des orphelins de père.

Mais pour qui ? Au profit de qui ?

D’une minorité qui représente quelques centaines, quelques milliers de personnes au plus.

Oui, le pouvoir entretient la division à coup de sondages, d’éléments de langage répétés comme un mantra par les ministres et les députés qui n’y croient pas eux-mêmes.

Quant à La République en marche, elle est profondément divisée, faut-il le rappeler, et quand certains des leurs osent s’opposer à la PMA sans père, ils sont vilipendés ou tout simplement exclue.

Plus grave encore, la PMA sans père est un mensonge d’Etat.

Jamais dans l’histoire de France, l’Etat n’a autorisé, organisé, financé la naissance d’enfant délibérément privés de père. Jamais.

De quelle humanité se réclament ceux qui nous gouvernent pour envisager une loi qui permettrait cela ?

Nos contemporains n’ont pas de mots assez durs pour condamner ce que nos aïeux ont faits. Pénitences et repentances ne s’arrêtent jamais.

Je m’interroge alors : comment les partisans de la PMA sans père et de son corollaire, la GPA, ne voient-ils pas que l’Etat pourra être accusé de complicité de mensonge, de fabrication d’orphelins et de trafic humain ?

Dire qu’un enfant à deux mères, c’est dire que la terre est plate. C’est démolir la filiation, tout en prétendant la « sécuriser », un comble ! C’est mentir à l’enfant et à la société. C’est redéfinir le sens des mots. C’est travestir la réalité.

Ce n’est pas ça la démocratie.

L’Etat ne peut pas trahir les enfants.

Le projet de loi intègre désormais la GPA.

La majorité a voté dans la nuit de jeudi à vendredi dernier un amendement qui reconnaît la GPA.

Le gouvernement répète qu’il est contre.

Je dis stop ! Stop à l’enfumage ! Halte au mensonge !

Qui dit PMA sans père, dit GPA. C’est évident : c’est même devant nos yeux.

Nous ne voulons ni de l’une, ni de l’autre.

Nous ne voulons ni de la marchandisation du corps, ni du rétablissement de l’exploitation des femmes.

*
*      *

Mes chers amis,

Je le redis, il n’est pas trop tard, nous pouvons gagner. Pourquoi et comment ?

Pourquoi ?

Parce qu’en réalité, tous les partis sont divisés : le Rassemblement national, Les Républicains, l’UDI, le Modem, les socialistes, La France insoumise, les Ecologistes et même La République en marche.

Parce qu’Emmanuel Macron, lui-même, qualifie ce projet de loi – je le répète – de « loi de tous les dangers », c’est donc bien qu’il n’est pas serein, ni ses ministres, ni sa majorité.

Parce qu’ils savent que les Français y sont opposés.

Parce que nous savons que c’est une poignée de députés issus principalement du parti socialiste qui ont obtenu que le projet de loi soit débattu. En attendant, ils font régner la terreur dans leurs rangs pour obliger les récalcitrants à se taire.

Parce que plus de la moitié des membres du gouvernement y sont opposés. Et je lance un appel solennel aux ministres et secrétaires d’Etat qui sont opposés à la PMA sans père : Bruno Le Maire, Gérald Darmanin, Jacqueline Gourault, Jean-Baptiste Lemoyne, Sébastien Lecornu, ayez le courage de vos opinions, faites honneur à la politique et dissuadez le Président de la République de maintenir ce projet.

Je pense également à nos élus, députés ou sénateurs. Ils sont très nombreux à être opposés au fond d’eux, mais n’osent le dire. Ils ont simplement besoin de soutien pour avoir le courage de résister.

Solennellement je voudrai dire aussi toute notre gratitude aux députés qui, nuit et jour, depuis deux semaines, défendent, pied à pied, article après article, amendement après amendement, les droits de l’enfant et la filiation.

Je pense aussi à ceux qui, non-inscrits, ont si peu droit à la parole et ne peuvent intervenir comme ils le souhaitent. Pauvre démocratie !

Je dis à tous les élus de France, n’ayez pas peur ! Refusez cette loi. Votez contre vous grandira. Votez contre vous fera rentrer dans l’histoire comme ceux qui auront su dire non à la fin du père et à la marchandisation du corps.

De la même manière, je dis à Emmanuel Macron, vous pouvez encore arrêter ce funeste projet et ne pas devenir le Président qui sera – au regard de l’histoire -, celui qui portera la responsabilité de milliers de nouveaux orphelins chaque année.

Je vous le répète : rien n’est joué, rien n’est fait.

Si Emmanuel Macron dirige vraiment son pays et sa majorité parlementaire, il a la capacité de retirer ce projet. Si, à la différence de son prédécesseur, il est à l’écoute des Français, il doit retirer la PMA sans père et faire un moratoire sur le projet de loi bioéthique. Ou alors, en réalité, c’est qu’il ne dirige plus rien.

De nombreuses autorités ont déjà appelé au statu quo, des scientifiques, des juristes, des médecins, des philosophes, des bioéthiciens… et jusque, tout récemment l’Académie nationale de médecine. Il faut s’appuyer sur leur avis plein de sagesse qui ne sont nullement datés, bien au contraire.

Et la loi de bioéthique n’est pas votée, quoique les éléments de langage de la majorité essaient de le faire croire. Elle est même très loin d’être votée.

Même si le président de l’Assemblée nationale trafique les votes, qu’on se le dise, la nouvelle loi de bioéthique n’est pas encore votée. Le projet de loi va être discuté encore pendant de longs mois.

Je répète : le projet de loi va être discuté encore pendant de longs mois.

Enfin, ils mentiront sur les chiffres de la mobilisation comme leurs prédécesseurs l’ont fait. C’est François Hollande, lui-même, qui l’a écrit. Il a fini par reconnaître que nous étions un million dans la rue. Alors, ne vous laissez pas impressionner parce qu’ils prétendront.

Nous sommes désormais engagés dans une bataille de tranchées. Il nous faut, comme à Verdun, gagner mètre après mètre. C’est-à-dire gagner la conscience de chacun de nos élus et de tous nos compatriotes.

Alors je vous appelle solennellement à rester mobiliser, à continuer d’agir ensemble, et d’ores et déjà, je vous annonce que si, malheureusement, le Président de la République ne nous entendait pas, nous retournerons dans la rue dans les semaines qui viennent.

Alors j’appelle également les intellectuels, les universitaires, les écrivains, les médecins, les chercheurs, toutes les autorités de notre pays à rejoindre « Marchons enfants », ainsi que tous les pères et les mères de France. Que tous ensemble, nous empêchions ce projet de loi d’advenir et que nous fassions honneur à notre vieux pays, la France, pays des droits de l’Homme.

 

Vive la France !