“Je marche… et je me demande pourquoi.” – Marchons Enfants ! – 6 octobre 2019


Texte intégral

Ça fait déjà près d’une heure que je marche,
Et je me demande pourquoi.
Marcher, même en foule, a-t-il souvent fait changer l’avis de nos élus ?
Marcher, même en foule, a-t-il vraiment bousculé les médias ?
Marcher, même en foule, a-t-il jamais fait bouger l’opinion ?
Et pourtant, je marche.
Avec de nombreux autres, certes ;
mais surtout avec l’étrange sentiment d’être seul,
le sentiment d’être inutile, de ne pas vivre dans mon époque,
de m’opposer à l’inéluctable, au désirable, au respectable.
Mon esprit est prompt, mais mon cœur vacille.
Mes convictions sont fortes, mais ma sensibilité les ébranle.
Qui suis-je pour nier à deux femmes qui s’aiment le droit de faire engendrer un enfant ?
Qui serai-je dans trois ans pour nier à deux hommes qui s’aiment le droit de faire engendrer un enfant ?
Un adversaire du progrès ?
Un obscurantiste ?
Un réactionnaire ?

Non, simplement un enfant !

L’enfant que je suis sans avoir jamais pu le demander.
L’enfant que je resterai jusqu’à la fin de ma vie.
L’enfant que je veux demeurer pour préserver le meilleur de moi-même.

Je reste un enfant qui ne comprend toujours pas les caprices des grandes personnes.
Cette manière qu’elles ont de refuser la réalité.
Cette manière qu’elles ont de la trafiquer.
Cette manière qu’elles ont de la plier à leurs désirs.

Le monde est en feu et les grandes personnes fument.
Les glaces fondent et elles surfent.
Les ouragans dévastent et elles bétonnent.
Leur dette explose et elles dépensent.
Elles aiment le sexe, mais lui refusent de donner ce pourquoi il est fait.
Elles détestent les OGM, mais elles ne cessent de trafiquer leurs corps.
Elles revendiquent leur liberté et le respect de leurs opinions, mais elles refusent catégoriquement celles des autres.
Elles clament leur droit à disposer de leur corps, mais elles ne voient même pas que d’autres disposent de plus en plus de leur vocabulaire, de leurs esprits et de leurs âmes.
Elles veulent plus de droits mais c’est pour mieux banaliser leurs travers.

Sans anathème ni condamnation, il faut dire aux grandes personnes qu’elles s’égarent.
Moins par volonté que par renoncement.
Moins par conviction que par confort.
Moins par désir que par blessure.

Avec fermeté et douceur, il faut dire aux grandes personnes qu’elles nous égarent.
Mois par raison que par inconscience.
Moins par tolérance que par lâcheté.
Moins par compasion que par intérêt.

Il faut dire aux grandes personnes de respecter la nature. Toute la nature.
Parce que, comme moi, comme vous, elles sont la nature.
Et qu’elles méritent donc d’être respectées et de se respecter.

Il faut dire aux grandes personnes que ce qui fait la beauté de la nature, c’est la diversité.
Ce qui fait la beauté de la nature, c’est la complémentarité.
Ce sont les limites qu’elle nous impose.

Ce qui fait la beauté de la nature, c’est que tout est lié.
Que nous la recevons comme nous avons reçu la vie.
Que nous la recevons comme nous accueillerons un jour la mort.

Ce qui fait la beauté de la nature, c’est qu’elle ne nous appartient pas.
Et qu’on a beau essayer de se l’approprier, elle nous échappera toujours.
Nous avons simplement charge de la transmettre intacte aux générations suivantes.

Ce qui fait la beauté de la nature, c’est qu’elle peut nous combler,
Comme cela, gratuitement, d’une manière ou d’une autre, alors même qu’on ne l’a pas décidé.

C’est cela qu’il faut dire aux grandes personnes.

Et pour tout cela, il faut continuer de marcher.
Alors, je le fais, sans haïr, ni douter.
M’émerveillant déjà que vous soyez tant à mes côtés !