Lu dans Le Monde : « Les opposants de gauche à la GPA tentent de se mobiliser »

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Les pourfendeurs de gauche de la gestation pour autrui – presque exclusivement des femmes – s’étaient donné rendez-vous, mardi 2 février à Paris, dans une salle de l’Assemblée nationale. Ces Assises pour l’abolition universelle de la maternité de substitution étaient organisées par le Collectif pour le respect de la personne (CoRP), lancé en 2013 par des personnalités telles que la philosophe Sylviane Agacinski ou l’historienne Marie-Jo Bonnet, la Coordination lesbienne en France et la Coordination des associations pour le droit à l’avortement et à la contraception.

Quelque 300 personnes – de nombreuses féministes de la première heure – étaient venues encourager ce grand raout au terme duquel une charte pour l’abolition universelle de la GPA a été signée. Plusieurs élus ont apporté leur paraphe au texte : les députés socialistes Laurence Dumont, Elisabeth Guigou et Benoît Hamon, la députée communiste Marie-George Buffet ou encore de l’eurodéputé écologiste José Bové, qui a plaidé pour un « règlement européen », d’application directe et obligatoire, et invité les parlementaires nationaux à faire pression auprès du gouvernement français. Des appels à l’action encore balbutiants…

« Utérus artificiels »

« On aurait aimé qu’il y ait plus d’élus mais, avec tout ce qu’il se passe en ce moment, ça n’est pas apparu comme une urgence », reconnaissait Sylviane Agacinski. La philosophe est pourtant convaincue de l’imminence des enjeux. Elle dénonce l’attitude de la Conférence de La Haye, une institution intergouvernementale qui œuvre à l’unification des règles de droit privé international et irait dans le sens d’une « légalisation rampante ». Elle craint aussi « l’offensive de plusieurs institutions européennes. La Cour européenne des droits de l’homme considère que les pays sont libres de faire ce qu’ils veulent et qu’on doit fermer les yeux sur les GPA faites à l’étranger. Et le Conseil de l’Europe prépare un rapport qui sera certainement favorable à un encadrement de la pratique. » Un scénario fermement rejeté par ces anti-GPA : une réglementation de ce qui, mardi, a été tour à tour qualifié de « marché néocolonial »« cannibale » ou encore de « petite sœur de la prostitution, à l’intersection entre le capitalisme et le patriarcat » est pour eux inenvisageable.

Pour les organisateurs des assises, il ne peut en effet y avoir de GPA éthique. Et cette position constitue une ligne de fracture au sein de la gauche. Geneviève Azam, économiste et membre du conseil scientifique d’Attac, a mis en garde face à la menace d’« utérus artificiels », tandis qu’« on créé des usines à bébés en Inde ».

« Position humaniste »

Intervenant mardi, l’Indienne Sheela Saravanan, qui travaille sur les questions de genre en Asie, a justement décrit ces lieux où « les mères porteuses sont retenues dans des maisons, sans liberté de mouvement, ni sécurité sociale ni aucun droit sur les enfants ». En outre, des césariennes leur sont parfois pratiquées de force. La journaliste autrichienne Eva-Maria Bachinger évoquait, quant à elle, le détail de contrats passés aux Etats-Unis et selon lesquels la mère porteuse n’est « pas payée si la grossesse n’arrive pas à terme » ou encore « doit avorter si l’enfant présente un handicap ».

La dispersion de la gauche sur la question de la GPA rend la tâche plus difficile de ne pas laisser la droite s’arroger le monopole du combat. Une droite, qui à travers La Manif pour tous et autres avatars et satellites, s’est rendue plus audible. « Je ne veux pas être assimilée à d’horribles réactionnaires, ça décrédibilise le discours contre la GPA », expliquait Isabelle Haynes, 55 ans, membre du CoRP et chercheure en sciences de l’environnement. « Nous avons une position humaniste, féministe, sociale et donc conséquemment de gauche », défendait Mme Agacinski. Et d’ajouter : « Demain, ce sera un courant transversal comme sur la parité ou la prostitution. »

En attendant, c’est à l’extérieur du bâtiment annexe de l’assemblée nationale que Frigide Barjot faisait le pied de grue mardi. « Je me suis inscrite trop tard », justifiait l’ancienne égérie de La Manif pour tous qui rêve d’« union sacrée » mais qui, à l’approche de la présidentielle, sait que « les camps se structurent ».