EN ROSE ET BLEU (N°7) – CHRONIQUE DE LUDOVINE «Où sont passées la femme et la féminité ?»

Pour François Hollande, comme pour les féministes, « il n’y a de bonheur que dans l’égalité »*. Voici la synthèse presque parfaite de ce qui fonde le féminisme depuis des années. Certes, nous sommes tous pour l’égalité homme-femme, mais l’égalité n’est pas tout, loin s’en faut. Comment s’en contenter ?

Quoiqu’il en soit, le féminisme est confronté à un véritable problème : l’égalité des droits et des choix – de vie, étudiant, professionnel, familial… – a en effet considérablement avancé. Par ailleurs, le féminisme s’est déconnecté des difficultés vécues quotidiennement par les femmes. Tout cela l’a conduit à déraper de plus en plus. Parmi ces dérives, les trois plus graves sont les suivantes :

1/ Une logique de boutiquière : les féministes – il suffit d’écouter n’importe quel média en ce jour des droits des femmes – ne cessent de comparer les situations de l’homme et de la femme : combien d’élues ? combien de chefs d’entreprise ? quel espace dans la cour de récréation ? quelle place dans l’espace public ? quel temps de parole consacré aux filles à l’école, etc. Et les féministes de compter, mesurer, calculer, minuter, comparer, etc.

Certes le plafond de verre est encore une réalité dans bien des entreprises. Mais les mentalités ont évolué, les lignes bougent, et il serait temps de changer de mode d’action. Exacerber la lutte des sexes en se perdant dans les comparaisons ne fait que crisper les débats et ralentir les véritables avancées.

2/ Déni de complémentarité : les comparaisons incessantes évoquées ci-dessus montrent que les féministes sont en fait totalement andro-centrées : toute leur démonstration, toute leur attention, tous leurs efforts sont tournés vers une seule référence : l’homme. C’est la fonction, la situation, l’activité, le mode de vie… de l’homme qui est enviable, souhaitable. Toute différence est donc à bannir. L’envers du décor immédiat, c’est la dévalorisation de la femme, du féminin, de la féminité, de la maternité, des activités plutôt féminines. Le « care », par exemple, qui désigne l’attention et l’accompagnement, correspond à des professions plutôt tournées vers les autres : médecins, infirmières, enseignantes, humanitaires, etc. Le « care », comme ces professions, sont systématiquement dévalorisés par les féministes au profit des métiers plutôt masculins, comme ceux du secteur ingénieur, informatique, etc. Et les féministes de se plaindre du peu de femmes dans ces professions. Mais en quoi ces professions sont-elles mieux ? Et les métiers du « care » ne sont-ils pas davantage porteurs de sens, humanisants, enthousiasmants… ? Après tout, les hommes pourraient aussi regretter d’être moins portés sur l’humain dans l’exercice de leur profession ! Mais justement, chacun son truc : c’est ce qu’on appelle la complémentarité. Dès lors que chacun a le choix, réjouissons-nous de ces différences éventuelles !

3/ Le désir d’être un homme comme les autres : ces incessantes comparaisons homme-femme conduisent même les féministes à aller encore plus loin : d’après nombre d’entre elles, la femme est l’égale de l’homme parce que, en fait, elle ne diffère en rien de l’homme. C’est ce qu’on appelle l’idéologie du genre : la différence serait en réalité artificielle, construite ; il conviendrait donc de dénoncer et de déconstruire cet artifice : seule la transformation de l’humanité – y compris contre son gré – assurerait l’égalité, donc le bonheur. Voilà ce qu’on appelle une pensée totalitaire.

Un certain nombre de féministes est donc passé de « la femme doit être un homme comme les autres » à « la femme est un homme comme les autres » !

Ce faisant, non seulement elles méprisent la femme et la beauté de la féminité – qu’en fait elles ne supportent pas -, mais en plus elles nient même l’identité féminine.

Le drame, hélas, c’est qu’occupées par leurs élucubrations, ces soi-disants « féministes » ne prennent pas en compte les problèmes bien réels qui se posent aux femmes aujourd’hui. D’abord la violence, sexuelle notamment. Rien de nouveau sous le soleil, hélas. Mais là il y a bien un combat à mener, et qui commence par l’éducation au respect. Respect de la femme, mais aussi de l’enfant et de l’adolescent. Car il est un fait que les violences sexuelles les concernent aussi hélas. Il serait peut-être temps de faire cause commune au lieu de renvoyer tout le monde dos à dos !

Ensuite, l’instrumentalisation de la femme, en particulier dans le cadre de la gestation pour autrui (GPA) : confondant tous les combats, beaucoup de féministes se sont engouffrées dans le combat LGBT sans voir que l’issue du mariage de deux hommes est la gestation pour autrui, autrement dit l’une des formes les plus violentes d’exploitation de la femme. Certes, quelques-unes d’entre elles l’ont perçu, mais trop tard, car la GPA est d’autant plus difficile à faire interdire au niveau international qu’elle est déjà répandue dans nombre de pays.

Et parmi ces féministes opposées à la GPA, beaucoup sont favorables à la PMA pour les couples de femmes et les célibataires. Elles ne voient pas que si la PMA passe pour les unes, la GPA passera aussi pour les autres, au nom de l’égalité bien-sûr !

Elles ne voient pas non plus la violence qu’il y a à priver délibérément un enfant de son père ! Comment peut-on parler de la journée de la femme en faisant la promotion de cette pratique qui fait des orphelins de père. Un père, une mère, c’est le plus précieux pour tout enfant. Nul ne doit en être privé volontairement.

Enfin, autre urgence, celui du statut de la femme dans certaines communautés. Il ne s’agit pas ici de se prononcer sur le fait de savoir si ce statut différent de la femme est inhérent, ou pas, à une religion ou à une culture, mais de constater les faits. La réalité est là, notamment dans certains courants musulmans. On pourra bien-sûr penser que je me mêle de ce qui ne me regarde pas, n’étant pas musulmane. Et pourtant, en tant que femme, cela me regarde : nous sommes toutes solidaires les unes des autres !

Quand les féministes sortiront-elles de leur vision passéiste des problèmes qui se posent aux femmes ? Quand s’intéresseront-elles enfin aux vrais enjeux – urgents – d’aujourd’hui et de demain ?

 

 

 

*Hebdomadaire Elle du 4 mars 2016