Chronique – Un plan pauvreté qui évite les questions, et donc les solutions, de fond

Le Président de la République a présenté un catalogue de mesures dans le cadre d’un plan pauvreté qui touche 8,8 millions de personnes en France, soit 14% de la population. Les initiatives notables sont la création d’un service public de l’insertion et d’un revenu universel d’activité, l’obligation éducative jusqu’à 18 ans, la hausse du nombre de contrats d’insertion par l’activité économique, ainsi que des mesures spécifiques concernanXt les enfants, de nouvelles missions pour les PMI, des repas à la cantine à 1 euro et davantage de crèches dans les quartiers prioritaires.

Ce qui n’est pas pris en compte, par exemple, c’est le fait que 35% des familles monoparentales disposent de revenus inférieurs au seuil de pauvreté, soit deux millions de personnes, qui dans 82 % des cas sont constituées d’une mère avec ses enfants.

A savoir également, la proportion de familles monoparentales dans l’ensemble des familles est passée de 9,4 à 23 % entre 1975 et 2014. Cela représente aujourd’hui 3,4 millions d’enfants.

Si l’on veut lutter vraiment contre la pauvreté, il serait autrement plus efficace de s’interroger sur les causes – par exemple la monoparentalité, qui fait souvent suite à une séparation – et de réfléchir à des mesures préventives : il faut envisager, autrement dit, d’agir en amont pour éviter au maximum que les familles soient confrontées à des difficultés insurmontables, lesquelles finissent par faire éclater la cellule familiale. Certes, on ne résoudra pas tout, mais cela vaut la peine d’agir en ce sens.

Il serait logique, également, de ne surtout pas envisager de légaliser la PMA pour les femmes seules.

Je vois déjà certains lecteurs crier au familialisme, au moralisme rampant, à une prétendue idée d’interdire le divorce, à la restriction des libertés individuelles, et autres craintes ou fantasmes. De telles réactions expliquent d’ailleurs que ce sujet soit un tabou en France, en particulier en sociologie. Or il ne s’agit pas de cela, évidemment ! Il s’agit simplement d’être pragmatique dans la réflexion pour ne pas rester passifs devant les difficultés des familles et pour lutter contre la pauvreté. Comme toujours, la prévention est le plus efficace : mieux vaut prévenir que guérir, dans la mesure du possible naturellement.

Certains Etats des Etats Unis d’Amérique, qui constataient, comme en France et ailleurs, une dramatique augmentation de la pauvreté des individus après l’éclatement de leur famille, n’ont pas hésité, eux, à réfléchir à la prévention des difficultés familiales. Et le fait est que les mesures mises en place ont été efficaces au bout de quelques années. Il est d’y réfléchir en France aussi.

Le tabou évoqué ici, sur l’une des causes de la pauvreté, n’est malheureusement qu’un exemple parmi d’autres des manques du plan de lutte contre la pauvreté.

La question de l’éducation est cruciale aussi, à commencer par l’éducation familiale, laquelle favorise au mieux le développement affectif, psychique, social de l’enfant, et donc son équilibre personnel et son insertion dans la société plus tard. Hélas, en la matière, si la crèche est bien-sûr un service inestimable, elle ne remplace pas la famille : ce sera cautère sur jambe de bois.

En outre, comme les mesures du plan pauvreté renforcent encore le poids de l’Etat, que l’on sait déjà lourdement endetté, on ne voit pas comment ces mesures seront financées dans le futur, si ce n’est en déshabillant Jacques pour habiller Paul.

Par ailleurs, certaines des mesures envisagées vont renforcer encore la dépendance des individus à l’égard de l’Etat, alors même qu’il faudrait les aider à gagner en autonomie – autonomie réclamée à cors et à cris par tous.

Le chef de l’Etat a déclaré vouloir dépasser le modèle social français actuel qui « ne permet pas suffisamment d’éradiquer la pauvreté ». Face au tout étatique, nous doutons de la pertinence des mesures annoncées, certes louables, mais très « ancien monde ».

Lire toutes les chroniques ici