Chronique – Paris Match : une GPA qui ne passe pas

Le choc des photos, le poids des mots. Dans son dernier numéro, Paris Match consacre six pages à un reportage sur une famille belge ayant eu un enfant avec une mère porteuse. Au fur et à mesure de la lecture, la GPA apparaît pour ce qu’elle est, une impasse psychologique, juridique, éthique.

Il y a d’abord les photos. L’une est frappante de ressemblance avec la série américaine « La servante écarlate » : à gauche la mère porteuse allongée sur le lit de la maternité regardant la petite Luna qu’elle vient de « donner » à Sandra et Tanguy, ses nouveaux parents.

Débute ensuite le récit des dix années depuis la naissance de la petite fille. Et l’exergue est cette fois sans équivoque : « Il y a quelque temps, Nathalie a proposé de prendre Luna pour un week end. Sandra n’y tenait pas. Elle est comme une louve avec ses filles. » Et pour cause. Nathalie a le spleen d’une mère séparée de son enfant, et Sandra, l’angoisse d’un attachement trop fort entre Nathalie et la petite fille. Quant à Tanguy, le père, ses propos sont révélateurs : « nous avons vécu la grossesse comme deux pères ». Aïe ! Les mots, toujours le sens des mots : dans son inconscient, la mère porteuse est bien la mère.

Très vite l’article tombe dans le stéréotype sexiste : « ce geste d’une générosité immense », parce qu’il « n’a jamais été question d’argent. Un bébé n’a pas de prix » ; parce que les femmes sont généreuses, douces et bonnes, c’est bien connu, alors donner un bébé, une joie pour elle… Mais que font les féministes si acharnées, habituellement, à lutter contre les stéréotypes de genre ?

S’ensuit une perle dont l’auteur est Geneviève Delaisi de Parseval qui écrit dans une tribune (parue dans L’Obs le 15 mars 2018) citée par Paris-Match : « Pionniers en ce domaine (la GPA), des médecins britanniques ont suivi des cohortes de gestatrices pendant plusieurs années. Leurs études ont montré qu’aucune d’entre elles n’avait souffert de dépression postnatale. » La GPA, ou comment faire disparaître le babyblues. Bien-sûr.

Geneviève Delaisi de Parseval, cette psychanalyste unique en son genre qui continue d’ignorer toutes les avancées de la connaissance scientifique, médicale, psychique, psychanalytique dans ce domaine de la maternité et de la relation mère-enfant. Avec elle, c’est « Martine fait une GPA ».

Sauf que « Nathalie confirme que dans les semaines qui ont suivi la naissance, elle avait « souvent envie de débarquer chez Sandra et Tanguy… Juste pour voir Luna ». Au fait, a-t-elle été autorisée à le faire ou l’a-t-on maintenue loin de l’enfant qu’elle a mis au monde ? Et si elle a été tenue à l’écart, pour quelle raison ? Notre si brillante psychanalyste n’a pas de commentaire à faire ?

« J’ai pleuré plusieurs fois, je me sentais un peu larguée » raconte la mère porteuse. Et la journaliste écrit de manière très lacanienne – je dis le contraire de ce que je pense – : «  Nathalie n’est plus enceinte, mais elle n’est pas non plus maman ». Si simple à vivre tout ça ? D’après la journaliste, oui : le babyblues s’en est allé, « la situation s’est apaisée »… sauf que, curieusement, très proches auparavant, le couple et la mère porteuse ont pris leurs distances.

« La vie a repris son cours, comme avant, ou presque ». Ce « ou presque » est énorme. Comme c’est facile de passer sous silence le tumulte des émotions et des cœurs dès lors qu’on ne veut pas les voir. La journaliste s’en tient à un seul constat : Nathalie « aime passer du temps seule avec Luna ». Luna ? La petite fille pour laquelle elle ne serait que la « nounou prénatale »….

La journaliste rapporte également que « Nathalie a beaucoup réfléchi à ses motivations. Avant, pendant et après la grossesse ». Altruisme et besoin de reconnaissance dit-elle. Et pour l’enfant, la GPA, c’est altruiste ?

Le mari de Nathalie n’était pas favorable d’ailleurs. Alors, ils se sont tous les deux fait tatouer sur l’avant-bras « Quoi qu’il advienne »… une locution qui traduit bien l’absence de réponses à leurs interrogations.

Mais pour notre psychanalyste en herbe, pardon, en chef, « le geste exceptionnel de Nathalie ne doit être ni minimisé ni, au contraire, « mythifié« . La mère porteuse porte pendant neuf mois un fœtus qui n’est pas le sien, en accouche et le rend à ses parents ». Admirez ce terme de « fœtus ». Vous avez déjà rencontré, vous, une femme enceinte disant « j’attends un fœtus » ? Et qui considère qu’elle n’a rien à voir avec ce « fœtus » qu’elle sent en elle ?

En ce qui concerne Sandra, son problème, c’est le casse-tête juridique après la naissance, qui « laissait de nombreuses zones grises ». Récemment, une « proposition de loi (…) envisage la possibilité pour la mère porteuse de se rétracter pendant les trois mois suivant l’accouchement. » « Même trois heures, ça ne doit pas être possible ! » s’exclame Nathalie, la mère porteuse : parce qu’elle se dit qu’elle aurait pu être tentée ? Lacan, toujours. Et elle déclare, comme pour se rassurer, que « la personne fragile, ce n’est pas la mère porteuse, c’est la mère biologique ». Attendre et mettre au monde un enfant – c’est bien connu -, n’est qu’une formalité. Bien-sûr.

Mais la journaliste a soulevé malgré elle les questions que pose la GPA. Parce qu’avec cette pratique, tout est sens dessus dessous, renversé, bousculé, confus… Et ça ne poserait aucun problème aux enfants et aux adultes concernés ? Tout le monde se raccroche pourtant aux branches : « Quoi qu’il advienne »…

 

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