Chronique – Les indignations sélectives du député Guillaume Chiche

Il est jeune, il s’est cru légitime, il s’est pensé plus malin. Le député Chiche avait annoncé – avant de se rétracter – qu’il déposerait une proposition de loi le 19 juillet pour «l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, y compris aux célibataires et couples lesbiens, et le remboursement par la Sécurité sociale de cet acte (ainsi que) la double filiation maternelle : les deux femmes d’un couple homosexuel seront reconnues comme mères de l’enfant né d’une PMA ». Et ne s’arrêtant pas en si bon chemin il proposera également «la reconnaissance automatique de la filiation des enfants nés d’une gestation pour autrui (GPA) à l’étranger ».

« On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans » écrivait Arthur Rimbaud. Mais quand on a 32 ans et qu’on est député ? La PMA sans père entraînerait notamment un bouleversement de la procréation et de la filiation. Le Conseil d’Etat le rappelle dans son rapport sur la « Révision de la loi de bioéthique » dans lequel il ne consacre pas moins de 50 pages à la PMA sans père. Mais Chiche n’en a cure. Ni une, ni deux, il souhaite faire voter les députés à la hussarde. La raison ? Guillaume Chiche déclarait qu’ «Aujourd’hui, il existe une discrimination insupportable dans l’accès à une pratique médicale. Je veux la supprimer le plus rapidement possible : j’explore tous les moyens pour garantir l’égalité entre les femmes ».

Mais le néo-député a des indignations bien sélectives, et son évocation de l’égalité est bien mal-venue de sa part. En effet, sa carrière politique tient toute dans des mouvements ou des organisations de gauche – à l’Union nationale des étudiants de France (UNEF), au Mouvement des jeunes socialistes (MJS), dans le courant de Dominique Strauss-Khan et au bureau national de La mutuelle des étudiants – tous marquées par des scandales sexuels qui témoignent – à minima –  d’une singulière image de la femme, ou des dysfonctionnements graves.

C’est ainsi que, le 14 novembre 2017, le quotidien Libération titrait sur le « harcèlement sexuel au MJS » et, le 19 novembre, BFM confirmait : « harcèlement sexuel : le MJS et l’UNEF touchés ».

Cadre de premier plan dans chacune de ses organisations, il semble bien que Guillaume Chiche n’ait pas condamné ces agissements, que « beaucoup de cadres connaissaient » d’après Libération. Ironie de l’histoire, ne l’oublions pas, le MJS faisait une campagne en 2014 contre La Manif Pour Tous sur le thème « Non à la manif des réacs, oui à l’égalité ». Sur l’une des affiches on pouvait voir une femme qui se protège d’une main menaçante accompagnée de la phrase : « S’il avait appris l’égalité femmes/hommes à l’école, il ne l’aurait peut-être pas frappée » et sur une autre encore « S’il avait appris à l’école qu’une femme n’est pas un objet, il ne l’aurait peut-être pas violée ». Mais Guillaume Chiche s’en souvient-il ?

Que cherchait-il avec son annonce ? Son heure de gloire, manquée en mars dernier lorsqu’il a voulu supprimer le quotient familial ? Se refaire une virginité, après son appartenance à des mouvements dont la réputation justifierait plutôt une certaine discrétion sur le thème de l’égalité homme-femme ? Ou s’est-il cru investi d’une mission particulière ?

La PMA sans père est une question trop sérieuse pour être traitée à coup de slogans politiques et démagogiques. Les Français attendent d’autant plus d’un député qu’il respecte le processus parlementaire, qu’il mène un travail à la hauteur des enjeux, qu’il réfléchisse en conscience à l’idée de faire naître sciemment des enfants privés de père et, lui qui se dit favorable à l’égalité, au caractère profondément sexiste de la gestation pour autrui.

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