Chronique – La « tri-parentalité », conséquence de la filiation « sociale »

 

Le Canada est un pays « absolument moderne » comme l’écrivait Arthur Rimbaud. Un juge y pense que le législateur devrait permettre à un enfant d’avoir trois parents. Mais est-on sûr que cela permettra de protéger l’enfant ?

En effet, à cause d’un droit tortueux, privé d’une filiation déterminée, l’enfant est devenu l’enjeu des passions humaines, balloté entre des adultes qui se déclarent être ses pères, ses mères, revendiquant sa « possession » à cor et à cri.

Une petite fille est née dans un couple de femmes reconnues, par la loi, comme les deux mères (sic). Cependant, après la séparation de celles-ci, le père – qui s’occupait également de cette enfant – a obtenu de la justice que son nom figure sur le certificat de naissance, à la place de celle qui n’avait pas porté l’enfant, la loi canadienne ne reconnaissant que deux parents. C’est donc cette dernière – la femme qui n’a pas porté l’enfant – qui qualifie la décision d’« immorale » et même de « transphobe », puisqu’entretemps elle a entamé une transition pour changer de sexe. Face à cette situation, le juge a déclaré que « le meilleur intérêt de l’enfant mineure requiert que la loi permette la reconnaissance de sa réalité, soit que sur les plans émotionnel et socioéconomique, elle a effectivement toujours eu trois parents ».

Cette affaire, qui peut également arriver à des couples homme-femme qui ont recours à une mère porteuse, montre les limites de la reconnaissance de l’idée de « projet parental ». Ce dernier apparaît comme une construction de papier, remplie de bonnes intentions qui ne résistent pas aux passions humaines. On fait alors appel aux juges, lesquels doivent décider de solutions qui ne sont que des compromis bancals. Un grand désordre règne. Tout le monde souffre. Le droit ne panse aucune plaie. Il est trop tard. Mais le magistrat est la dernière autorité qui est reconnue, alors on fait avec. Et si vous avez de l’argent pour vous payez de bons avocats et de bons experts, vous avez plus de chances de gagner. C’est la loi du plus fort. On régresse. Pourtant, certains appellent ça la marche vers l’égalité, d’autres le progrès ou la modernité.

En niant la réalité charnelle, en mentant sur les états civils, on casse la filiation, la famille, et l’enfant, celui auquel des adultes feront dire devant des caméras « tout va bien », quand eux-mêmes sont au plus mal.

Une enfance volée par les adultes, injustice irréparable, qui s’ajoute au scandale d’oser parier sur la résilience humaine.

Dans « Adieu », son dernier poème en prose, Rimbaud écrivait : « il faut être absolument moderne ». Adieu fait partie de son admirable recueil « Une saison en enfer », un implacable réquisitoire contre les travers de la civilisation occidentale.

 

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