Chronique – La PMA sans père, les conséquences pour tous (4/15)

1/ Faire de la PMA avec IAD un mode alternatif de conception

En l’absence de relations sexuelles avec un homme, les femmes ne peuvent concevoir un enfant, ni seule ni à deux.

Mais, réduisant la conception d’un enfant à la mise en présence de cellules sexuelles féminines et masculines, certaines revendiquent de pouvoir recourir à un apport de sperme et à l’aide d’un tiers, l’Etat organisant ce processus.

Au contraire du couple homme-femme qui n’est concerné par la PMA qu’en cas d’infertilité médicalement constatée – donc des exceptions à la règle générale – toutes les femmes seules et les couples de femmes seraient concernées : la règle générale pour elles serait la PMA.

Il y aurait désormais deux modes de conception alternatifs : naturelle pour les uns (sauf exception), en laboratoire pour les autres (sans exception).

La différence fondamentale étant que, dans le premier cas l’enfant sera généralement né de ses parents[1], jamais dans le deuxième cas.

Dans ce deuxième cas, la mère célibataire sera considérée comme seul « parent » de l’enfant (soit un appauvrissement pour lui) et les femmes en couples comme « les mères » de l’enfant, ce qui ne correspond pas au fait qu’en réalité une seule l’aura porté et mis au monde.

En outre, franchir ce pas conduira nécessairement à admettre l’utilisation sans limites de toutes les techniques procréatives possibles : avec une mère porteuse pour des hommes seuls ou en couple avec un autre homme ; à trois parents, pour des motifs médicaux d’abord, puis un jour pour des trouples, etc.

En effet, si la cohérence avec la réalité humaine n’est plus le critère et si les besoins de l’enfant ne sont plus pris en compte, pourquoi s’arrêterait-on là ?

Les désirs humains étant illimités, c’est précisément le rôle et la responsabilité du législateur de poser des limites afin de protéger les plus vulnérables et les générations à venir.

 

2/ Systématiser la procréation artificielle et le recours à des tiers

La « procréation » sans père s’appuierait par principe sur un processus technique.

Ce serait un paradoxe à un moment de l’histoire où les hommes ont pris conscience des dégâts causés par le tout-technique et l’absence de limites. Une telle évolution irait entièrement à l’encontre de l’état d’esprit écologique qui prévaut aujourd’hui.

La généralisation de la PMA comme mode classique de procréation via la PMA sans père impliquerait aussi une dépendance totale vis-à-vis du système « médical » : pas de famille sans biologistes, interventions extérieures, apport de sperme.

S’agissant de la procréation, qui donne vie à des êtres humains, cela paraît déraisonnable : l’être humain est certainement à respecter, au moins autant que l’environnement.

 

3/ Systématiser la dépendance vis-à-vis des banques de sperme

Les hommes ont des réticences à donner leur sperme, comme le montre la pénurie constante depuis la légalisation de l’insémination avec donneur (IAD).

De fait, donner son sperme n’a rien d’anodin puisque les spermatozoïdes sont le support physique de la filiation paternelle, du lien corporel et psychique père-enfant.

Le don de gamètes n’a rien à voir avec le don de sang ou d’organes : les gamètes sexuels ne sont pas de simples cellules. S’ils sont « inutiles » à la vie de l’organisme, ils permettent en revanche de transmettre la vie et ce, à un être qui aura beaucoup en commun avec « l’auteur de ses jours ». Le don de sperme n’est donc pas anodin.

A ce sujet, on entend régulièrement « le sperme ne fait pas le père » ou « la filiation biologique n’a pas d’importance ». Certes, la paternité, ce n’est pas seulement cela, loin s’en faut. Mais la volonté des couples ayant recours à un donneur de s’assurer de sa ressemblance avec le père « social » atteste malgré tout de l’importance de cette relation visible entre membres de la famille : « Dans tout don, en effet, le donneur est choisi pour que ses caractéristiques physiques (couleur de la peau, des yeux, des cheveux) ressemblent le plus possible au père du couple receveur ».[2]

Les agences qui vendent des gamètes mettent en ligne des catalogues, les clients choisissent suivant les caractéristiques des « donneurs » : chacun sait très bien, en réalité, toute l’importance du patrimoine génétique !

Et pourtant, dans l’autre sens, un père, c’est bien autre chose que le seul apport génétique : c’est bien la raison pour laquelle faire naître des enfants qui ne connaîtraient pas leur père et seraient privés de l’amour d’un père serait une injustice terrible.

Or si la PMA sans père était légalisée, cela veut dire un recours systématique et inéluctable des femmes seules et des couples de femmes aux banques de sperme, CECOS ou banques privées. 100% d’entre elles y auraient recours et 100% des enfants concernés en seraient « les descendants » : un changement de paradigme lourd de conséquences.

 

4/ Engagement parental, filiation sociale : appauvrissement et fragilisation du lien

Redéfinir la filiation pour la fonder sur « l’engagement parental » serait un appauvrissement et une fragilisation de la filiation.

L’engagement est fragile. En témoigne le nombre important de séparations. On le voit aussi avec l’adoption et ce, alors même qu’elle est en principe irrévocable en France[3] : selon les derniers chiffres publiés par le ministère de la Santé, « près de 15% des enfants adoptés sont ensuite placés auprès des services sociaux » et, pour certains, abandonnés définitivement[4]. Les parents adoptifs avaient pourtant reçu au préalable un agrément pour l’adoption, lequel n’est délivré qu’après une longue enquête des services de l’Etat. Malgré cela, les difficultés l’emportent parfois sur l’engagement pris vis-à-vis de l’enfant et devant la société.

D’autre part, cette « filiation sociale », qui légitimerait la possibilité de se faire faire des enfants grâce à l’Etat dans n’importe quel contexte, serait en fait une construction sociale. Il est d’ailleurs très intéressant de noter que les partisans de l’idéologie du genre (non les études de genre, ou « gender studies », mais ceux qui ont carrément basculé dans l’idée qu’homme et femme ne sont en réalité pas différents) ne cessent de répéter que la différence homme-femme est construite socialement.

En réalité, c’est la « filiation sociale » qui serait une construction.

Pour ses partisans, le projet parental, réalisé par la technique et l’apport de gamètes, suffit. Un concept qui ampute et rend invraisemblable la filiation de l’enfant.

Démolir toute possibilité de cohérence et d’unité de la filiation est une atteinte à l’enfant.

 

5/ Diversité et parité partout sauf pour les parents

La PMA sans père serait aussi une remise en cause de l’apport de la différence, comme c’est une remise en cause de la richesse de la diversité des sexes au sein d’une famille.

Alors que la diversité, la différence et même la parité entre les sexes apparaissent nécessaires partout, comment justifier le fait que la famille, au contraire, n’en aurait pas besoin ?

 

 

[1][1] L’insémination avec donneur concerne 3% des PMA pour les coupes homme-femme

[2] http://www.lemonde.fr/societe/article/2017/11/02/pma-la-demande-en-gametes-est-largement-superieure-a-l-offre_5209393_3224.html#4pwb3DE4hTlKSeVF.99

[3] Pour l’adoption plénière, très majoritaire en France

[4] Le Figaro, 17 décembre 2013

 

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