Chronique – Jacques Julliard, les intellectuels et les droits de l’homme

L’historien Jacques Julliard a publié la semaine dernière  dans « Le Figaro » une tribune passionnante sur les intellectuels français. Il explique : « Quel est le fond de leur prédication ? Un principe simple et valable en toutes circonstances : le primat de la morale sur la politique. » Puis il poursuit : « L’expression politique de cette morale naturelle, ce sont les droits de l’homme. ». Et il cite Voltaire et Calas, Zola et Dreyfus, Hugo et la peine de mort.

Mais il souligne que les droits de l’homme « ont connu une longue éclipse au XXe siècle sous l’influence du communisme marxiste qui dénonçait en eux une mystification bourgeoise ». Il poursuit : « il ne s’est trouvé, parmi les intellectuels qui ont marqué le XXe siècle, que bien peu de gens pour échapper à la tentation, soit du fascisme (…) soit du communisme stalinien (…) Comme si encore chez les champions du non-conformisme et de l’indépendance était né, sous prétexte d’ «engagement », ce que La Boétie appelait la tendance à la « servitude volontaire » et Henry Duméry la « tentation de faire du bien ». Comment expliquer autrement que si peu des grands esprits de la scène intellectuelle aient échappé à l’une ou à l’autre des grandes impostures de gauche du XXe siècle ? »

Quand on connait la finesse d’analyse de Jacques Julliard, on ne peut pas ne pas être pris d’un vertige à la lecture de sa tribune avec ce que nous vivons actuellement avec l’engagement de certains intellectuels en faveur des réformes sociétales, et nous pensons notamment à la PMA sans père et à la GPA. Chacune est une violation flagrante des droits de l’homme et de l’enfant. Pensons simplement à cette cohorte d’arguments fallacieux contre l’article 7 de la Convention internationale des droits de l’enfant qui reconnait à celui-ci « le droit de connaître ses parents et d’être élevé par eux », quand des intellectuels prétendent que « parents » ne signifient pas « père et mère », que la PMA sans père n’est pas la reconnaissance d’un droit à l’enfant, qu’il y a discrimination à ne pas l’autoriser, etc. Des voix puissantes, intègres, cependant, pensent, décryptent, expliquent en quoi ces pratiques sont, notamment, contraires aux droits de l’Homme. Mais les progressistes préfèrent nier tout cela – malgré l’évidence d’ailleurs -, au nom de la modernité. Comme, avant eux, les thuriféraires des idéologies dénoncées par Julliard.

Il faut donc méditer ce qu’écrit Julliard « Les intellectuels français ne sont pas au XXe siècle des démocrates, voilà la vérité nue. » Que dire de ceux du XXIème siècle, alors ? Rappelons-nous ce que les Français ont demandé dans le cadre des Etats généraux de la bioéthique organisés par l’Etat lui-même : le statu quo concernant la PMA. Mais ses supporters n’en ont cure. L’histoire pourrait alors se répéter.

Sauf si les intellectuels suivaient la recommandation de Jacques Julliard « l’intellectuel a le devoir de résister à la tentation de chasser en bande, voire de « s’engager » (…) En bande, l’intellectuel se décompose, ses vertus se décolorent au soleil des honneurs, son esprit critique tombe sous l’éteignoir. Il ne reste plus qu’un pauvre saltimbanque, complice consentant d’un terrifiant Ubu collectif qui ne connaît ni la raison ni la pitié. »

Et il conclut « Pour rester fidèle à lui-même et ne pas s’isoler du peuple, l’intellectuel a le devoir de reste un solitaire. » Alors, en ce début de XXIe siècle, seront-ils capables de solitude, d’indépendance d’esprit, de courage ?

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