#IdéeReçue3 : LMPT opposée à l’égalité ? Non, bien au contraire.

Le 23 avril 2013, après avoir voté la loi instaurant le mariage entre deux personnes du même sexe, les députés socialistes se sont levés et se sont mis à crier dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale « Egalité ! Egalité ! ». A contrario, La Manif Pour Tous, incarnant l’opposition à cette loi, serait, d’après certains, opposée à l’égalité.

Les partisans du mariage de deux hommes ou deux femmes ont déclaré fonder leur avis sur le principe d’égalité et donc sur les valeurs de la République dont la devise est « liberté, égalité, fraternité ». La loi Taubira serait ainsi l’aboutissement d’une lutte démocratique contre une injustice et une discrimination puisque les personnes homosexuelles ne pouvaient pas se marier. Il était donc urgent d’ouvrir l’institution du mariage aux uns comme aux autres.

En réalité, au cœur de la question du mariage de deux hommes ou deux femmes, c’est le sens du mariage qui est posé. On n’en a pourtant, et malheureusement, bien peu parlé depuis l’automne 2012. Ou à peine, juste en passant, pour évoquer le droit pour le couple de célébrer publiquement son amour.

Pour ce qui est de l’aspect public, je rappelle au passage que l’Etat n’a que faire des sentiments, ce n’est pas son rôle de s’en préoccuper. Si le mariage est une institution publique, c’est parce qu’il favorise le renouvellement des générations et donne un cadre éducatif aussi stable que faire se peut : deux enjeux – la démographie et l’éducation – qui intéressent hautement l’Etat.

Quant à l’amour, s’il caractérise en effet le mariage, c’est qu’il fonde l’engagement de vivre ensemble et de fonder une famille. Et c’est précisément là que parler d’égalité ou d’inégalité n’a pas de sens : tout le monde sait qu’un couple homme-femme n’est pas dans la même situation, pour ce qui est de fonder une famille, qu’un couple de deux hommes ou deux femmes.

Certains diront que des couples mariés n’ont pas d’enfant, mais c’est généralement parce qu’ils découvrent un problème de fécondité, et bien souvent, dans ce cas, ils adoptent. D’autres couples, encore, savaient dès avant le mariage qu’ils n’auraient pas d’enfants, pour des raisons d’âge par exemple. Mais ils sont, si l’on peut parler ainsi, les exceptions qui confirment la règle.

Ainsi, le mariage ne regarde pas seulement le couple – contrairement à ce qui a été sans cesse mis en avant, mais aussi les enfants à venir. D’ailleurs les articles de loi lus par l’officier d’Etat civil au cours d’un mariage concernent les enfants pour une bonne part.

Je sais pertinemment que certains lecteurs déclarent contester ce qui a toujours défini et continue de définir le mariage.

Mais au fond, tout le monde est d’accord là-dessus, opposants et promoteurs de la loi Taubira, puisque celle-ci a d’emblée inclus l’adoption et que les revendications de PMA sans père et de GPA vont de pair avec elle depuis le début des débats.

Quant aux inégalités, la loi Taubira, justement, en a créé une nouvelle : il y a maintenant des enfants qui sont sciemment privés de père ou de mère quand d’autres ont la chance d’avoir les deux. Cela a commencé avec des enfants déjà orphelins, confiés à deux hommes ou deux femmes. Et cela pourrait se poursuivre avec la possibilité de faire des enfants en laboratoire avec du sperme anonyme, ou en exploitant des mères porteuses.

Outre le fait que la relation du couple homme-femme est la seule féconde pour donner la vie, les liens paternels et maternels sont une part essentielle de l’identité de la personne, ses racines, sa généalogie, sa ressemblance à des parents, eux-mêmes porteurs d’un héritage plus lointain, un héritage qui, en même temps, est différent pour chaque enfant et que chaque enfant fera vivre à sa façon (l’Homme est nature et culture !)

Le nier, c’est nier la réalité de l’humanité : nous sommes tous égaux dans le fait d’être tous nés d’un homme, et d’une femme ; et ce, quelle que soit, ensuite, l’évolution de notre famille, unie ou éclatée par une séparation, meurtrie par un décès ou une disparition. Pour chaque enfant que nous sommes, notre père et notre mère constituent le noyau inamovible de notre famille. Aucune « recomposition » ou construction artificielle n’y changera rien, et ne pas tenir compte de la réalité conduit toujours à une impasse.

La Manif Pour Tous est évidemment pour l’égalité. Pour les enfants (oubliés par les promoteurs du mariage gay), pour la femme (oubliée par les promoteurs de la gestation pour autrui) et pour tous. Mais l’égalité n’a de sens que pour des situations comparables. L’égalité est trop importante pour être invoquée hors de propos et l’égalitarisme est un dévoiement de l’égalité.