Chronique : Urgence pour la PME « famille »

Parmi les grandes réformes annoncées par le président de la République lors de la campagne électorale, celle du droit du travail a été menée tambour battant depuis son élection. Les ordonnances qui la mettent en œuvre sont du sur-mesure pour que les patrons des 3 millions de TPE et PME embauchent et fassent baisser le chômage. Ils représentent 99,8% du nombre total d’entreprises en France, employant les 18 millions de salariés du secteur privé. Mais quid des 18 millions de PME que sont les familles ? Le gouvernement souffle encore le chaud et le froid, annonçant une remise à plat de la politique familiale, dont il y a lieu de s’inquiéter quand on voit la double baisse de la PAJE qui vient d’être actée.

2,5 millions de familles vont recevoir la prime de Noël. Réjouissons-nous de cette solidarité nationale pour les enfants et leurs parents à l’occasion de cette grande fête de la famille. Elle traduit « l’engagement du gouvernement dans la lutte contre la pauvreté et pour le pouvoir d’achat des foyers modestes » déclare le ministère des Solidarités et de la Santé.

Mais cette prime ne doit pas faire oublier que les députés viennent de voter la baisse du montant de la Prestation d’Accueil du Jeune Enfant (PAJE) et la baisse du plafond de revenus pour en bénéficier. Environ 30% des familles en sont désormais exclues, ce qui signifie malheureusement un appauvrissement des classes moyennes.

La PAJE était destinée à aider les familles pendant les trois premières années d’un enfant. En s’attaquant à cette allocation essentielle pour de très nombreuses familles, le gouvernement a porté gravement atteinte à la politique familiale française pourtant déjà très affaiblie depuis le quinquennat de François Hollande.

Le gouvernement a agi dans l’urgence pour trouver des économies. Emmanuel Macron a considéré les familles comme des vaches à lait, servant de variable d’ajustement des politiques publiques et du budget. Cette réforme atteste, hélas, de l’incohérence du gouvernement. Car le Premier Ministre déclarait il y a peu de temps : « Nous renforcerons notre action en matière de lutte contre la pauvreté en insistant particulièrement sur les familles comprenant de jeunes enfants. (…) La baisse de la natalité de son côté, réelle depuis deux ans, doit nous alerter. Nous cesserons donc de considérer les familles comme de simples variables d’ajustement fiscal. »

Finalement, jamais les 18 millions de familles n’ont bénéficié de la même attention que les PME. Pourtant, s’il existe bien une PME au fantastique retour sur investissement, c’est la famille ! Unité économique à échelle humaine, moteur de l’économie, lieu d’investissement, d’échanges et de redistribution économiques, mais aussi de bénévolat, la famille est une PME exceptionnelle !

 « Quand le bâtiment va, tout va » dit-on. Mais quand les familles vont bien, c’est encore mieux : c’est toute la société qui va bien.

J’ajouterai même : « quand les familles nombreuses vont bien, l’avenir va bien. » Car ce sont les familles de trois enfants ou plus qui assurent le renouvellement des générations et donc, notamment, la retraite de tous, riches ou pauvres, avec ou sans enfants, célibataires, veufs ou en couple, malades ou en bonne santé…

Les familles nombreuses sont les premières victimes de la déconstruction de la politique familiale alors que nous leur seront tous redevables un jour.

Depuis 2012, toutes les mesures qui ont été prises ont affaibli la PME famille. Ce qu’elles ont subi, aucun gouvernement n’aurait osé le faire pour les PME d’affaires, le résultat étant la chute de la natalité.

Il est temps que les responsables politiques quittent leurs vieux schémas : la famille qu’ils ont en tête n’existe pas : celle qui pourrait vivre en élevant des enfants et en gardant le même niveau de vie que les couples qui n’en ont pas. Les familles n’ont pas de baguettes magiques pour se loger, se nourrir, se vêtir, se déplacer, se soigner… Elles paient les mêmes prix que tout le monde, démultiplié par le nombre de membres de la famille. Et il y a longtemps que le quotient familial ne pèse plus guère.

La famille est en voie de paupérisation comme jamais depuis 50 ans.

Les responsables politiques doivent d’urgence s’inquiéter de la famille comme ils savent le faire des PME. Ils doivent agir en amont en offrant aux familles un cadre protecteur et stable qui favorise leur développement et leur prospérité. Si cela n’est pas fait, et vite, tous les dispositifs mis en place pour pallier les difficultés croissantes des familles, ne seront alors que des pis-aller, nullement à même de les aider et de bâtir in  fine une société solide.

Sabinius

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