Chronique : « Les témoignages d’hommes et femmes nés par PMA, des fake news aussi ? »

A la suite de l’annonce de l’ouverture du débat sur la PMA sans père dans le cadre de la révision des lois de bioéthiques en 2018, Ludovine de La Rochère, présidente de La Manif Pour Tous, et d’autres opposants à la PMA sans père ont été invités à s’exprimer à la télévision, à la radio et dans la presse – tout comme ses partisans. Mais cela n’a pas eu l’heur de plaire à Alice Coffin, co-présidente de l’Association des journalistes lesbiennes, gays, bi-e-s, trans (AJL). Celle-ci a déclaré à une journaliste du site Street Press : « C’est la deuxième fois en cinq ans que de nombreux médias choisissent de laisser la parole aux pourvoyeurs de fake news que sont les représentants de La Manif pour tous et leurs alliés […] c’est une catastrophe journalistique. » Pas moins.

Nous sommes en démocratie, faut-il le rappeler. Les médias sont libres d’inviter qui ils veulent, et les citoyens sont en droit d’attendre l’expression de la pluralité des opinions dans ces derniers. Il est toujours étonnant de (re)découvrir une forme de police de la pensée et une méthode qui consiste à disqualifier ceux qui ne sont pas d’accord au lieu de s’intéresser à leurs propos, lesquels, même si cela dérange Alice Coffin, ne sont pas des fake news.

Depuis 2012, les enjeux anthropologiques nous conduisent à défendre aussi, ardemment, la liberté d’expression, celle-ci n’étant pas toujours respectée, loin s’en faut, par nos opposants. Nous défendons aussi un débat qui ne soit pas guidé par des intérêts particuliers, mais bien par l’intérêt général. Echanger sur les questions de fond est incontournable, de manière factuelle et aussi objective que possible. Et précisément, les médias sont le lieu privilégié d’une démocratie vivante, n’en déplaise à ceux qui prétendent que les enfants n’ont pas besoin de père.

Nous suggérons donc à Alice Coffin de lire un article du quotidien Le Monde paru avant-hier, mardi 26 septembre. Son titre, « Né par PMA, j’ai grandi avec l’idée que j’allais pouvoir dire merci au donneur ». Que dit-il ? Ce sont des témoignages d’hommes et de femmes nés de PMA avec tiers donneur. Ils se sont regroupés dans une association, Procréation médicalement anonyme, dont l’une des revendications est la levée de l’anonymat du don de gamète. Un membre témoigne : « je ne suis pas contre son ouverture (aux couples de femmes et aux femmes seules), mais ce serait un non-sens d’aller plus loin dans les mêmes conditions, de créer d’autres enfants privés d’une partie de leur histoire. » Un autre déclare « je suis né d’une personne, pas d’un matériau de reproduction. Ne pas savoir (qui est le donneur), c’est une machine à fantasmes. J’ai besoin de savoir pour mieux me connaître. »

La Manif Pour Tous ne dit pas autre chose. L’ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules serait la mise en œuvre d’une PMA en l’absence de père, la privation légalisée d’un père et de toute filiation paternelle. La France, patrie des droits de l’Homme ne peut pas mettre en œuvre la PMA en l’absence de père : elle se perdrait en n’assumant plus sa mission de garantir aux plus faibles, l’enfant à naître, le droit d’être élevé, dans la mesure du possible, par une mère et un père.

La PMA est un ensemble de techniques médicales ouvert à tous les couples souffrant d’infertilité ou risquant de transmettre des maladies graves à leur enfant. Il s’agit de couples homme-femme et non de couples de femmes ou de célibataires puisque si celles-ci ne peuvent avoir d’enfant, ce n’est pas en raison d’une pathologie de la fertilité. La PMA concerne donc des couples dont l’enfant grandit avec un père et une mère. Mais déjà, quand il y a un tiers donneur, la souffrance est là, comme en atteste l’un des membres de l’association : « Mon père restera toujours mon père. Mais le donneur c’est une partie de moi, quelqu’un qui a fait que j’ai été créée. »

Connaissant les difficultés de ces personnes nées de PMA avec donneur anonyme, peut-on imaginer d’autoriser la PMA avec tiers donneur à des femmes seules ou lesbiennes qui conduirait l’enfant non seulement à ne pas connaître son père mais en plus à être privé de toute relation paternelle ?

La Manif Pour Tous prend acte de la longue expérience de l’humanité comme de celle de ces personnes nées de PMA avec tiers donneur. Elles attestent du besoin de l’enfant de connaître son père et sa mère et d’être élevé par eux. Et bien-sûr, ce n’est pas parce que des enfants perdent l’un de leurs parents ou les deux par les malheurs de la vie qu’il faut instituer la conception d’enfants faits volontairement orphelins de père.

Alors, Le Monde, comme La Manif Pour Tous, diffuseur de fake news ?