Chronique : « Stop aux inventions qui empêchent un débat digne des enjeux »

Dans le débat sur l’accès à la PMA pour les couples de femmes et les femmes seules, certains prétendent que La Manif Pour Tous juge femmes et enfants : le mouvement aurait déclaré, en substance, que les premières ne sont pas aptes à éduquer et que les seconds seraient forcément mal élevés. Pourquoi l’invention de tels propos, la semaine dernière sur LCI, aujourd’hui sur France Bleu Alsace et sans doute ailleurs la semaine prochaine ?

Aujourd’hui, ce sont Fanélie et Caroline qui sont cités par France Bleu Alsace. Fanélie est la mère des deux enfants conçus par PMA avec donneur anonyme en Belgique et Caroline les a adoptés. La première déclare au journaliste : « Nous instrumentaliser et nous dire qu’on est des mauvais parents, c’est ce qu’on a beaucoup entendu venant de la part de la Manif Pour Tous, que nos enfants étaient voués à la perte et à l’échec ».

Prêter de telles affirmations à La Manif Pour Tous est au mieux une sottise, au pire une manipulation. Travaillant quotidiennement avec les familles, les défendant, les soutenant, ses dirigeants et ses sympathisants étant souvent eux-mêmes parents, La Manif Pour Tous sait ô combien être parents est un art difficile. Oui, qui oserait tenir de tels propos ?

Ces accusations sont complètement à côté de la plaque. En réalité, les enjeux sans cesse soulignés par La Manif Pour Tous ne sont pas de cet ordre : ils ne concernent pas la manière de faire, ils sont anthropologiques, c’est-à-dire qu’ils concernent l’être : homme et femme sont différents, père et mères sont différents, et l’enfant, issu des deux, a besoin des deux. Et quand l’un des deux manque, l’expérience humaine, universelle, nous a appris depuis longtemps que c’est une absence qui fait souffrir.

Mais alors pourquoi Fanélie affirme-t-elle cela ? Répète-t-elle ce qu’elle a entendu dire sans avoir pris la peine de vérifier ? Ou vise-t-elle à disqualifier La Manif Pour Tous ? Dans l’un comme dans l’autre cas, ce n’est pas  à la hauteur des enjeux humains dont il s’agit !

D’ailleurs, Fanélie se reprend à la fin de l’article : « bien sûr il y a besoin de réflexion et d’encadrement ». C’est précisément à la réflexion que nous appelons, notamment pour éviter la marchandisation du vivant : vente de gamètes, location des corps, réification des personnes, voilà aussi les risques du détournement de la médecine à des fins sociales.

Mais quand elle déclare que « le projet parental, c’est ça le plus important, et il doit être cohérent. C’est la question de savoir si on est capable ou non d’élever correctement un enfant », nous ne sommes pas d’accord : au nom de quoi pourrait-on juger que telle ou telle personne serait « capable ou non d’élever correctement un enfant » – curieux argument venant d’elle qui vient précisément de prétendre que c’est ce que nous affirmons !

« Quel monde voulons-nous pour demain ? » C’est avec cette question que le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) a ouvert les états généraux de la bioéthique. Est-ce que la PMA pour les couples de femmes et les femmes seules, qui conduirait incontestablement l’Etat à organiser la conception d’enfants sciemment privés de père, nous paraît souhaitable pour les générations à venir ?

Dans ce débat dont les conclusions pourraient changer bien des vies, il est urgent que toutes les parties prenantes s’écoutent et se respectent. Il est temps de sortir du manichéisme des « méchants » et des « gentils » !

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