Chronique : « Sondages : on solde ! »

Aujourd’hui sont lancés les soldes d’hiver. C’est la course vers les « bonnes affaires », dont une partie sont en fait les invendus des années précédentes. Les sondages n’échappent non plus pas à la braderie collective. Ainsi, le magazine « L’Express » publie dans son nouveau numéro « la Grande enquête auprès des Français / Ce que veulent les moins de 40 ans (et les autres) » à propos d’éducation, société, économie, sécurité, écologie et santé. Naturellement la PMA sans père et la GPA sont à l’affiche. Et naturellement ils y sont favorables. Malheureusement, cette enquête est aux sondages ce que les mannequins de cire du musée Grévin sont aux personnes sculptées, des caricatures.

Cette étude à « 360° » donne en fait le sentiment d’une grande confusion dans l’esprit des sondés. Mais en sont-ils responsables ? Non, nous pensons que cela tient surtout aux choix des réponses proposées. Peu nuancées, variant d’une question à l’autre, elles oscillent entre manichéisme « Oui / Non », « Favorable / Opposé », et un peu plus de subtilité « Vous y êtes favorables / Vous êtes hésitants / Vous y êtes opposés ». Du coup les réponses apparaissent bigarrées, tirant à hue et à dia. L’Express est d’ailleurs bien en peine pour en faire une synthèse, une sorte de portrait des Français de moins de 40 ans ; au point que le lecteur se demande s’ils « existent », si cette âge limite n’est tout simplement pas un artifice de communication qui ne correspond, tout simplement, à aucune réalité sociologique.

Les sondés plébiscitent « l’école à l’ancienne », attendent de la « fermeté » en matière d’immigration, sont prêts « à une certaine limitation de (leurs) libertés », sont « plutôt favorable à ce que les fichés S soient arrêtés et emprisonnés par précaution ». Alors que par ailleurs, ils sont opposés aux organismes génétiquement modifiés, craignent l’intelligence artificielle, mais se déclarent favorables à la GPA règlementée et la PMA sans père ainsi qu’à la peine de mort.

« Qui trop étreint, mal embrasse ». C’est le sentiment que donne la lecture de ce sondage – trop vaste et trop court à la fois. Ce qui ne l’empêchera pas de faire parler de lui, et d’être repris par les partisans ou les opposants de telle ou telle cause. Pourtant, il nous paraît difficile de pouvoir le prendre comme un indicateur de tendance. Il vient juste confirmer la pensée de Pierre Bourdieu à propos des sondages : l’opinion publique n’existe pas ! Ce n’est d’ailleurs pas sur sondages que les historiens et les sociologues travaillent.

Quant à la jeunesse convoquée par L’Express pour donner le la de la société, n’oublions jamais que nombreux sont les régimes autoritaires et totalitaires à s’être servi de cette même jeunesse pour en faire le fer de lance de leur violence et de leurs idéaux dévoyés. Sans oublier qu’elle affiche majoritairement dans cette étude un pessimisme étonnant, noir, au sujet de l’avenir qui vient brouiller le tout. Alors qui croire ?

Il est temps d’en venir à des débats ajustés et équilibrés, à la hauteur des enjeux. Stop aux débats soldés : on ne brade pas l’intérêt général !

 

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