Chronique : « Les sites de coparentalité : faire du fric sur le dos du désir d’enfant »

Longtemps, les petites annonces du « Chasseur français » ont fait sourire les modernes. Ringards ces messages (depuis 1896 !) de célibataires, de veufs et de veuves, de divorcés, qui recherchent l’âme sœur pour fonder un couple, une famille. Puis Internet est arrivé. Meetic.com, AdopteUnMec.com, Match.com ont alors proposé… la même chose. Puis à leur tour, ces derniers ont été jugés dépassés, trop institutionnels, trop normatifs. C’est alors que Tinder est arrivé proposant des rencontres express. Aujourd’hui, ce sont les sites de coparentalité qui se développent. Leur objet ? « Vous souhaitez devenir parents mais vous n’avez pas trouvé la bonne personne? Nous vous aidons à trouver un futur papa ou une future maman. La coparentalité, c’est élever un enfant ensemble que vous soyez en couple ou non, célibataires, mariés ou divorcés, ou, de même sexe. » Mais est-ce si simple ?

Les annonces sont touchantes comme celles visibles sur le site co-parents.fr : « Bonjour, je m’appelle Alfred (le prénom a été changé), je suis franco-espagnol et j’habite à Lyon depuis 7 ans. J’ai une forte envie de devenir père. Je me considère sympathique, etc. », « Bonjour, Le temps passe, je ne souhaite pas forcément être en couple, mais j’ai toujours voulu être maman, transmettre des valeurs, une éducation, etc. ». Et les remerciements (réels ?) sont là pour témoigner du succès du service en ligne : « Bonjour, après quelques rencontres décevante j’ai fini par trouver une maman formidable sur votre site. Nous sommes maintenant parents d’un petit garçon très mignon qui fait le bonheur de nos deux familles. Un grand merci à vous ! », « Je m’étais inscrite par dépit et dans une rupture et 2 semaines après je rencontrais la bonne personne. Je suis maintenant enceinte de 2 mois 🙂 Merci ».

Naturellement, tout est plus compliqué. C’est ce que décrit la journaliste Sandra Franrenet dans un article paru dans l’hebdomadaire « Marianne », « Les pièges de la coparentalité ». Les intentions des uns peuvent être « mensongères » dans les annonces, l’argent un « enjeu capital ». Elle décrit plusieurs rencontres qui ont donné naissance à des enfants : « Un rien naïfs, ils n’avaient pas imaginé une seconde que leur souhait pourrait virer au cauchemar », un autre « vit un enfer depuis la naissance de sa fille […] choix des prénoms, inscription à la crèche, garde, tous les sujets sont matière à conflit […] La (comaman) refuse toujours le principe d’une résidence alternée, (mais) n’oublie pas de lui réclamer sa pension alimentaire.» Naturellement, aussi, les fondateurs de ces sites n’assurent rien, ne promettent rien, ne suivent rien une fois que les internautes ont payés leur abonnement et ont trouvé l’âme sœur. Ce qui fait dire à l’avocate Maître Plard, « L’absence de sentiments, de relations sexuelles (quand il y a insémination artisanale) et d’histoire commune crée un vide sidéral ».

Face à ces sites qui exploitent sans vergogne les aspirations humaines, il convient de mettre en garde les hommes et les femmes qui sont tentés de recourir à leurs services. L’enfant n’est pas une chose. Penser qu’un « projet » parental suffit à organiser la vie et l’éducation d’un enfant né de la rencontre de deux êtres qui ne se connaissent pas et ne vivront pas ensemble est une illusion. Il faut le dire et le répéter pour que ceux qui pensent devenir ainsi père ou mère ne tombent pas dans « les pièges de la coparentalité », fruit d’un libéralisme prêt à tout dévorer, y compris ses enfants, pour gagner de l’argent.

 

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