Chronique : « La rentrée scolaire de Jean-Michel Blanquer »

 La rentrée scolaire met dans la lumière Jean-Michel Blanquer. Qui est le 10ème ministre de l’Éducation depuis l’an 2000 – soit une moyenne d’1 an et demi en poste au ministère ? Quelles sont les idées qu’il promeut depuis sa prise de fonction en mai dernier ?

Mais d’abord quelques chiffres à propos du « mammouth » : le ministère de l’Éducation nationale emploie 1 million de personnes dont 840 000 enseignants ; son budget est le plus important de l’État avec 98,7 milliards d’euros (hors enseignement supérieur ) ; plus de 12 millions d’élèves sont inscrits dans 64 000 écoles et établissements du second degré. Enfin, la France est au 18e rang de l’OCDE pour la performance de ses élèves.

Le nouveau ministre est précédé d’une réputation flatteuse, en plus d’une qualité : il connaît très bien son sujet. Ancien recteur des académies de Guyane et Créteil, il a mené des expérimentations remarquées dans cette dernière : le micro-lycée pour élèves décrocheurs de Sénart, les primes d’installation pour les nouveaux enseignants titulaires, la pédagogie Montessori dans des classes pilotes, la « mallette des parents » pour resserrer les liens entre les familles et l’école. Directeur général de l’enseignement scolaire de 2009 à 2012, c’est-à-dire « ministre bis » de l’Education nationale, il met en œuvre les internats d’excellence permettant à des élèves volontaires de poursuivre leur scolarité hors d’un contexte familial difficile. Enfin, il était, avant sa nomination comme ministre, directeur de l’Essec, l’une des meilleures écoles de commerce de France.

En apprenant sa nomination, Najat Vallaud-Belkacem a fait la grimace ; parce qu’à une idéologue succédait un pragmatique. Jean-Michel Blanquer, en effet, déclare au Figaro : « Notre but premier, c’est que chaque élève sache bien lire, écrire, compter, respecter autrui à l’école primaire. » Pour cela, il souhaite arrêter de manière définitive la méthode de lecture globale dont il reste encore des résidus de pratique « contre-productive ».

Il dit aussi qu’il veut mettre fin à « ce qu’on a appelé le pédagogisme » dont « deux idées ont fait des dégâts : celle consistant à importer dans les premiers apprentissages des concepts pertinents pour l’enseignement supérieur. Ils apparaissent comme un jargon, en grammaire par exemple. Alors qu’un grand principe de pédagogie est d’aller du plus simple au plus complexe. Une autre dérive a été de considérer que l’élève peut construire son savoir, alors que l’on a d’abord besoin de transmettre des bases. » Il dit aussi que « l’éducation n’est ni de droite ni de gauche ».

Jean-Michel Blanquer constate que « certains [le] qualifient parfois de conservateur en caricaturant [son] propos. Si c’est être conservateur que de vouloir rehausser le niveau, si c’est être conservateur que de promouvoir la culture générale, si c’est être conservateur que de proposer des évaluations constructives aux élèves et aux enseignants, alors 95 % des Français sont conservateurs ! ».

Il « pense défendre un progressisme véritable lorsque [il veut] lutter à la racine contre les inégalités par l’éducation, la qualité pédagogique, la différenciation. [Il croit] aussi que le progrès surgit d’un optimisme allié à l’amour de notre pays. »

Voulant donner davantage d’autonomie aux établissements scolaires, il récuse l’accusation d’être « libéral » au sens de « laisser faire, laisser aller ».

Quant au rétablissement des classes bilangues, des sections européennes et de l’enseignement du latin dès cette rentrée, il a montré là son volontarisme. Enfin, il a divisé par deux le nombre d’élèves des classes de CP dans les réseaux d’éducation prioritaire renforcée où il n’y a plus désormais, que 12 élèves par classe.

Jean-Michel Blanquer est accusé par ses opposants de « détricoter » ce que ses prédécesseurs rue de Grenelle ont fait lors du dernier quinquennat. Allant à rebours de ces derniers, prônant la liberté et l’autonomie, il lui est reproché de prendre l’école privée comme modèle. Il remarque dans l’une de ses premières interviews au Journal du dimanche que « la plus grande fuite observée vers le privé depuis des décennies a eu lieu à la rentrée 2016 ». La raison d’après lui : « en imposant des mesures uniformes, la réforme du collège a cassé l’attractivité des établissements publics. [Il ne voit] pas pourquoi on ne pourrait pas s’inspirer du privé, mais aussi des modèles étrangers et surtout des études scientifiques. Le vrai ennemi du service public, c’est l’égalitarisme. »

C’est à un authentique changement de philosophie d’action, de méthode et d’objectifs auquel nous assistons à l’Education nationale. Il est fondé sur l’observation du réel, le pragmatisme et le discernement dans la recherche de solutions. Les résistances sont évidemment farouches, les acteurs institutionnels du système (syndicats, commissions, etc.) étant bousculés, rétifs au changement. Mais c’est aux familles qu’il appartiendra de dire si ce changement est bénéfique ; de dire si le « but premier » pour chaque élève à l’école primaire est atteint, à savoir « bien lire, écrire, compter, respecter autrui. »

Gageons que cette philosophie rejaillisse également au collège et au lycée où il y a tant à dire et à faire, sans oublier l’urgence d’expurger les programmes des scories de l’idéologie du genre. Mais qu’en pense Jean-Michel Blanquer ? Nul ne le sait à ce jour.