Chronique : « Ce qui rend la famille irremplaçable » (2/2)

(La première partie de cette chronique est disponible en cliquant ici.)

  1. La famille, une réalité sociale non-choisie vertueuse

Ce que transmet la famille est un héritage dont la réalité a priori construit la personne en la situant. C’est ce qui peut l’affranchir du vertige du pur auto-engendrement, du hors-sol, horizon de l’individualisme contemporain. L’individu n’est pas seul auteur de lui-même, pas plus que la société n’est instituée par une pure convention selon la fiction contractualiste abondamment utilisée par toute une branche de la philosophie politique (Jean-Jacques Rousseau, Thomas Hobbes, etc.)

L’idéologie anti-famille, dont Vincent Peillon a été l’un des promoteurs, voit dans la famille le lieu d’aliénation par excellence puisqu’y règne a priori le « non-choix » de son entourage, de son sexe, de sa culture, de sa religion, etc. La famille serait comme une menace pour la liberté et l’individu. Il se trompe.

  1. La famille, à l’encontre des rôles sociaux construits

La confrontation originelle à la différence (âge, sexe, physique, tempérament, talents, etc.) s’effectue dans la famille. Elle permet le développement de l’empathie, don et aptitude à l’ouverture à autrui comme moyen de connaissance de la réalité et de construction de soi, sans laquelle l’individu risque, selon Edith Stein, l’emmurement dans ses propres particularismes. L’expérience des différences donne une base à la construction de l’identité personnelle tout en empêchant de ne voir dans les diverses attitudes sociales que des masques ou des constructions culturelles.

En même temps, l’exogamie[1] ouvre l’enfant à la multiplicité sociale car il voit concrètement réalisée l’unité (ou l’effort d’unité) d’un père et d’une mère aux identités distinctes car issus de matrices sociales différentes.

C’est donc au sein de la famille que naissent les citoyens et dans la famille qu’ils font les premiers l’apprentissage de la culture commune et des vertus propres à la vie collective, qui sont pour la société l’âme de sa vie et de son développement. Le mariage et la famille sont en ce sens un véritable « service public », selon la formule d’Aude Mirkovic[2].

 

  1. La famille, créatrice de valeur pour la société

La famille est le premier éducateur de ses enfants : elle les élève, les fait grandir, développe leurs talents, lesquels seront utiles à la société.

La famille fait marcher l’économie par ses besoins et sa consommation ; elle est créatrice d’emplois[3] : gardes d’enfants, maîtres des écoles et professeurs, sages-femmes, pédiatres, pédopsychiatres, et toutes les professions dédiées aux enfants et aux jeunes.

La famille accueille les enfants qui payeront les retraites de demain. Les parents qui élèvent leurs enfants travaillent pour la collectivité. En effet, notre système de retraite par répartition implique que tout le monde a les mêmes droits pour la retraite.

La famille, qui assure une solidarité entre les générations et entre ses membres, représente à ce titre une source d’économie majeure pour la collectivité. Elle apporte l’essentiel de l’assistance aux personnes les plus dépendantes en raison de leur âge, d’un handicap ou d’une maladie. Cet apport est d’autant plus important que s’allonge la vie.

  1. La famille, pilier de notre démocratie, rempart contre la solitude et la violence

L’apprentissage de la démocratie se fait en famille, et chacune a sa manière.

« La République s’est édifiée par analogie avec les liens de parenté et de fraternité[4] qui unissent les membres d’une même famille ». C’est le sens de la présence de la « fraternité » dans la devise de la France. C’est bien sur ses familles que la France fonde sa cohésion.

La famille est aussi l’espace de l’apprentissage et de l’expression des libertés individuelles. Elle est le creuset originel et nécessaire à toutes les formes de rébellion « des citoyens contre l’Etat, des individus contre la massification […] tandis que son abolition risquerait de paralyser les forces de résistance qu’elle suscite en lui. » [5]

(Extrait du livre Familles, je vous aime de Ludovine de La Rochère, publié aux éditions Pierre-Guillaume de Roux)


[1] L’exogamie est une règle matrimoniale imposant de chercher son conjoint à l’extérieur de sa famille, voire de son groupe social (clan, groupe territorial, caste, société, milieu social). L’exogamie est la règle universelle de structuration de la parenté, issue de l’interdit de l’inceste.

[2] « Le mariage, un service public à redécouvrir », Revue Lamy – Droit civil, juin 2012, p. 94.

[3] Les professions s’occupant d’éducation, de santé et de loisirs représentent plus de 40% des emplois en France.

[4] Rapport n°3, Fonder demain, précédemment cité.

[5] Elisabeth Roudinesco, La famille en désordre, Le Livre de poche, Biblio essais, 2010, p. 111.