Chronique : « La « réadoption », stade ultime de l’ultralibéralisme contractuel »

Les Français ont été bouleversés par la diffusion d’un documentaire à la télévision sur le « rehoming » des enfants adoptés aux Etats-Unis. Nous pouvons traduire « rehoming » par « réadoption », ce qui signifie évidemment qu’il y a d’abord eu « désadoption ». Comment cela est-il possible ? Aux Etats-Unis, les parents qui adoptent simplement peuvent « désadopter », c’est-à-dire « rendre l’enfant » sans aucune justification, la loi le permettant. D’autres parents vont alors adopter, ou pas, ces enfants qui vivent entre-temps dans des foyers. Le « rehoming » devrait nous faire réfléchir sur les dérives possibles de la « parentalité » telle qu’elle est défendue désormais en France par certains courants de pensées.

« J’ai été adopté au Nouveau-Mexique par une première famille, mais ça n’a pas marché. Ensuite, j’ai passé deux ans dans une autre famille » déclare Peter. Il a ainsi changé 3 fois de famille jusqu’à trouver enfin la stabilité. « Dans les familles précédentes, je ne me suis jamais senti vraiment aimé ».

Pour ces « réadoptions », des agences spécialisées mettent en contact futurs parents potentiels et enfants. Tous les moyens marketing sont utilisés : catalogues, annonces sur site internet, « speed dating », défilés des enfants sur un podium à la manière d’un défilé de mode. Les procédures d’adoption sont simples quoiqu’un peu différentes d’un Etat à l’autre : parfois, le passage devant un juge est obligatoire, mais cela se passe le plus souvent devant notaire.

La « réadoption » est un sujet tabou aux Etats-Unis. On le comprend facilement. Ce phénomène est le terrible marqueur d’une société ultralibérale, fondée sur le contrat, l’engagement, ce qui signifie qu’il est révocable – ce que nous constatons dans le cas de la « réadoption ».

Ce phénomène, qui concerne 25.000 enfants aux Etats-Unis, doit nous interpeller et nous faire réfléchir. Il s’explique par une forme d’adoption qui n’est pas complètement tournée vers l’intérêt de l’enfant – lui redonner des parents, une famille, parce qu’il a perdu les siens pour une raison ou une autre.

En France, les partisans de la PMA sans père et de la GPA ne voient pas, ou ne veulent pas voir, que ces pratiques sont également de nature ultralibérale et qu’elles ne sont pas tournées non plus vers l’intérêt supérieur de l’enfant.

Dans les deux cas, un contrat est signé : avec la société étrangère qui vend du sperme sur catalogue comme avec l’agence de GPA. Les gamètes sont chosifiés et l’enfant conçu par pièces détachées qu’on assemble en laboratoire – gamètes masculines, gamètes féministes, utérus porteur….

En France, la loi Taubira a donné un très grave coup de boutoir au respect de l’intérêt supérieur l’enfant, avec l’adoption par deux hommes ou deux femmes qui rend des enfants une deuxième fois orphelin de père ou de mère, mais aussi en ouvrant la voie à la suite, la légalisation de la PMA sans père et de la GPA.

Si elle poursuivait en ce sens, la France pourrait rejoindre la face sombre de la mondialisation dont l’esprit est à l’opposé des grands principes du droit français : le respect de la dignité humaine, l’indisponibilité du corps, l’interdiction de la vente d’éléments du corps, etc.

Et bien-sûr, la filiation « sociale », décrite par les pro-PMA et GPA comme la panacée en matière de liens parents-enfants, n’a pas la solidité du lien familial établi par le fait d’avoir donné la vie pour les parents, d’avoir été engendré pour les enfants.

Si l’adoption est nécessaire parce que des enfants sont orphelins, non seulement elle doit établir un lien aussi solide que possible – à l’inverse du système américain donc -, mais en plus elle ne justifie pas de faire disparaître volontairement les liens de sang entre parents et enfants au motif de « l’engagement parental ».

Il est d’ailleurs très instructif de constater que la « réadoption » existe précisément dans un pays qui a légalisé depuis longtemps la PMA sans père et la GPA. Ce n’est pas un hasard.

Accéder à l’ensemble des Chroniques