Chronique : « Rapport UNAF 2017 sur la famille : de l’urgence de la situation »

L’Union nationale des associations familiales (UNAF) créée en 1945 rassemble 7000 associations familiales représentants 700 000 familles. Elle vient de publier son rapport annuel « Des chiffres pour agir au service des familles ». Ces derniers confirment des tendances, soulignent des besoins, relancent des urgences.

Démographie, poursuite de la chute

La population de la France est de 66,9 millions au 1er janvier 2017, faisant de celle-ci le 2ème pays le plus peuplé d’Europe. Sa fécondité reste une des deux plus élevées de l’Europe communautaire. Mais ces chiffres sont l’arbre qui cache la forêt d’une démographie qui chute, dans une Europe qui connaît un hiver démographique sans précédent. En 2015, pour la première fois, le nombre de décès a dépassé le nombre de naissances dans l’Union européenne. A titre illustratif, en 20 ans, le nombre de mineurs vivant en France s’est accru de 730 000. En Allemagne, il a chuté de 2,6 millions. Europe, Allemagne, deux situations vertigineuses.

Plus encore que les indicateurs économiques classiques et adulés, notamment celui de la croissance, le nombre des naissances est l’indicateur n°1. C’est lui qui écrit le futur d’un pays. Moins de jeunes, c’est simplement une société habitée par le « no futur ».  En 2016, les naissances sont estimées à 784 000, soit 15 000 de moins qu’en 2015 et 34 500 de moins qu’en 2014.

Ainsi, le nombre moyen d’enfants par femme en France en 2016 est de 1,92. C’est la plus forte baisse sur 2 ans depuis la récession de 1993. Ce qui est regrettable, c’est « que le désir d’enfant, le souhait de fonder une famille et de l’agrandir, restent intenses » note l’UNAF puisque le nombre idéal d’enfants souhaité en France est de 2,39, confortablement supérieur au seuil de renouvellement des générations donc.

Les Français vivent en famille

Il y a 18 millions de familles* en France. 75,2 % des 13,7 millions d’enfants mineurs vivent avec leurs deux parents. 18 % vivent avec un seul parent et 7 % vivent avec un parent et un beau parent (dans une famille dite « recomposée »).

Ces chiffres sont stables, allant à rebours de l’idée fausse selon laquelle le paysage familial est bouleversé par les nouvelles configurations familiales. Dans l’écrasante majorité des cas (80%) les enfants vivent avec leurs deux parents ou vivent avec l’un et voient l’autre régulièrement.

Plus elle est nombreuse, plus la famille voit chuter son niveau de vie

4 270 €/an, c’est en 2014, la différence de niveau de vie médian entre un couple avec enfant(s) et un couple sans enfant.

En 2013, passer de 2 à 3 enfants réduit 2,8 fois plus le niveau de vie que de passer de 1 à 2 enfants.

C’est donc bien un investissement que la famille fait, lequel est au bénéfice de tous. Revendiquer des droits pour les familles n’a donc rien scandaleux, bien au contraire : c’est dans l’intérêt de tous. En revanche, supprimer ceux qui existent, oui. Et c’est ce que font tous les gouvernements depuis 20 ans de manière irresponsable.

Mariage, toujours

Il y a eu 235 000 mariages célébrés en 2016 en hausse par rapport à 2015 (+ 1000), dont 7 000 entre personnes de même sexe. En 2013, 75 % des 15,3 millions de couples vivant en France étaient mariés.

Pour moins que ça, dans le domaine économique – pensons à l’entreprise – les élus sont toujours prêts à se précipiter pour aider, subventionner, ouvrir des droits. Malheureusement pour la famille, ce n’est pas le cas pour elle. Les avantages qui étaient liés au mariage ont tous disparu avec le temps : désormais, toutes les situations conjugales se valent, en dépit de la stabilité nettement plus grande du mariage et donc du fait qu’il favorise la natalité.

123 668, c’est le nombre de couples qui ont divorcé en 2015. Et là aussi, bien peu est fait pour accompagner les couples en difficulté. Au contraire, le divorce est maintenant possible sans juge, c’est-à-dire sans tiers veillant à l’équité et à la protection suffisante des enfants.

Enfance et pauvreté, l’injustice perdure

2,8 millions d’enfants vivaient en 2014 dans un ménage pauvre, dont 34 % de famille monoparentale. Par ailleurs, environ 150 000 enfants pauvres vivent hors famille. Pour ces derniers, hors de portée des radars médiatiques, ils n’ont pas l’heur de toucher les gouvernements qui jusqu’à aujourd’hui n’en n’ont jamais fait une cause nationale.

Retraites, la solution : les enfants

L’UNAF constate que « 0 (zéro) : ce serait le montant du déficit des retraites dans 42 ans si la fécondité atteignait 2,1 enfants/femme. A la même échéance, une fécondité de 1,85 enfant/femme doublerait le poids du déficit des retraites dans le PIB. Le Conseil d’orientation des retraites et le Haut conseil pour l’avenir de l’assurance maladie misent dans leurs scénarios de base sur une fécondité de 1,95 enfant par femme en France métropolitaine. Or, depuis deux ans, elle est inférieure à ce niveau (1,89 en 2016). »

Alors que faire de ces chiffres qui comme les images disent beaucoup plus que des mots ? Il en va de la responsabilité de ceux qui nous gouvernent. Hélas, pas de ministère de la famille dans les gouvernements Philippe I et II, et des mesures ou des initiatives annoncées qui poursuivrait la transformation de la politique familiale en politique sociale. Les politiques continuent à croire que c’est plus payant électoralement !

C’est donc encore et toujours aux familles, aux associations qui les représentent, de se battre. C’est à elles, c’est à nous, libérés de toutes les idéologies et démagogies, de nature politique ou économique, de rappeler inlassablement que rien, aucune mesure fiscale, sociale, ne peut remplacer l’acteur clé qu’est la famille. Et tous ceux qui vous diront le contraire peuvent être renvoyés à leurs études : les chiffres de l’UNAF le montrent clairement.

La conclusion du rapport de l’UNAF est claire : « il faut redonner confiance aux familles par une relance de la politique familiale. Afin que chaque famille compte dans les décisions qui la concernent en ce début de législature, il est plus que jamais nécessaire de mieux connaître et faire connaître les réalités familiales. Ces chiffres se veulent donc autant de balises pour les militants familiaux et les pouvoirs publics. Certains sont connus, d’autres remettent en cause, ou en perspective, des idées reçues. Tous doivent inviter à l’action au service des familles. » CQFD.


* Définition de la famille par l’INSEE : « Une famille est la partie d’un ménage comprenant au moins deux personnes et constituée : – soit d’un couple vivant au sein du ménage, avec le cas échéant son ou ses enfant(s) appartenant au même ménage ; – soit d’un adulte avec son ou ses enfant(s) appartenant au même ménage (famille monoparentale). »