Chronique : La PMA sans père, une question sociale

Les partisans de la procréation médicalement assistée (PMA) sans père mettent en avant le fait que le désir d’enfant est un mal-être à nul autre pareil. Argument décisif, irrépressible, et qui ne peut pas ne pas être satisfait.

Mais que font-ils d’autres mal-être ? Celui des agriculteurs par exemple. En 2016, un agriculteur s’est suicidé tous les deux jours, soit environ 150. Un taux supérieur de 20% au reste de la population française. La cause ? Leur mal-être face à la précarisation de leur profession, les difficultés immenses des agriculteurs à vivre de leur travail.

Autre exemple, celui des chômeurs : 5,6 millions de personnes fin décembre 2017. Leur mal être ? Est-il besoin de le décrire pour un grand nombre d’entre eux ? Chômage rime souvent avec désespoir : « Depuis que je suis au chômage – témoigne une chômeuse sur le site de Psychologie magazine – je reste enfermée toute la journée à regarder la télé ou surfer sur internet. Je pleure souvent, je me sens mal, j’ai l’impression d’étouffer. (…) Je n’ai plus aucune volonté ? brokengirl86, 25 ans ».

Encore un exemple ? Nombre de nos compatriotes ne se font plus soigner : déserts médicaux, urgences et services débordés, manque de moyens du service public comme des patients… Les causes sont multiples.

Alors justement, pour donner une visibilité particulière à cette question de la PMA, celle-ci est qualifiée de problématique « sociétale », comme si cela lui donnait un statut particulier.

Le terme de « sociétal », en effet, est un mot valise souvent utilisé qui permet de classer le sujet ciblé dans les débats de société : il s’agit d’une part de faire comprendre que c’est un sujet humain spécifique, d’autre part que ce n’est qu’une affaire d’opinion, et que la société évoluant, l’opinion évolue, enfin que les arguments de ceux qui s’y opposent sont relatifs : aussi factuels et incontestables soient-ils, leurs arguments sont implicitement des avis subjectifs, voire liés à des croyances personnelles avec tout ce que cela sous-entend.

En réalité, la PMA est un sujet social, comme le suicide des agriculteurs est une question sociale, comme le chômage est une question sociale. La PMA est un sujet « social » parce qu’elle touche l’humain et concerne l’ensemble de la société.

Or quel est le rôle social de l’Etat ? Que dit notre contrat social ? Où l’Etat se doit-il d’intervenir ?

Sur les conditions de travail des agriculteurs, sur l’emploi, sur la santé publique, évidemment.

Et sur le mal-être lié au désir d’enfants de femmes seules ou en couples de femmes ?

L’un des participants à un « débat-citoyen » de Rennes résumait parfaitement la question : « pour remédier à la souffrance que constitue le fait de ne pas avoir d’enfants, il ne faut pas risquer de créer d’autres souffrances » chez les enfants à naître par la PMA sans père ou la GPA.

De fait, le rôle social de l’Etat n’est certainement pas de détourner le système de santé pour organiser la fabrication d’enfants pour des personnes et des couples ne souffrant d’aucune pathologie de la fertilité, et encore moins quand il s’agit de faire des orphelins-nés de père.

 

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