Chronique : « La PMA sans père ou comment fracturer la société »

La secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, a déclaré hier que l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) sans père sera proposée par le gouvernement dans le cadre de la révision de la loi de bioéthique en 2018. Elle a dit que « cet engagement de campagne » d’Emmanuel Macron serait « tenu ».

Remarquons d’abord que ce n’est pas un engagement de campagne. En effet, cette mesure ne figure pas dans les 30 pages du programme officiel du président de la République disponible sur Internet. En revanche, ce dernier a répété tout au long de la campagne qu’il souhaitait présider une France pacifiée. Est-ce le chemin qu’il prend avec cette annonce abrupte d’un engagement vis-à-vis des Français qui ne figurait pas dans son programme ?

Après les débats houleux de la loi Taubira, la morgue et le mépris de François Hollande à l’adresse des millions de Français qui se sont opposés pacifiquement, nous avons écouté le candidat Emmanuel Macron. Il déclarait au magazine L’Obs (février 2017) s’adressant directement aux opposants à la loi Taubira, ainsi qu’à ses partisans – qu’ « Il ne faut jamais humilier, il faut parler, il faut « partager» des désaccords. », et il rajoutait « C’est pourquoi nous devons être, nous politiques, vigilants sur la méthode de la réforme. […] Je défends une pratique de la réforme volontariste mais pacifiée, efficace mais réconciliatrice. C’est cela que je porte et que je continuerai à porter ».

Il est frappant de voir que quelques mois seulement après son élection, cette volonté de réconciliation des Français semble avoir disparu. Que l’on regarde : des mots blessants ont été à plusieurs reprises utilisés par le chef de l’Etat pour qualifier les Français qui ne marchaient pas d’un seul pas derrière lui, ceux qui n’étaient « rien ». Les derniers mots de ce catalogue belliqueux, « fainéants, cyniques, extrêmes », sont particulièrement insultants, violents. Cela rappelle Hillary Clinton traitant les électeurs de Donald Trump de « pitoyables ».

Le président de la République doit veiller à ses propos, ainsi que ceux des membres du gouvernement. Les mots ont un sens, la parole engage. Entendre Marlène Schiappa dire que « cet engagement de campagne (sera) tenu » va à l’encontre d’un débat ouvert et à l’écoute. Cet « en même temps » ne peut pas fonctionner. Le président doit choisir : tenir sa parole, réconcilier les Français, apaiser la société, ou bien, cliver, fragmenter, diviser. Il doit choisir entre faire de la politique autrement ou continuer à pratiquer la « vieille politique » qu’il dénonce en permanence.

Le débat sur la PMA sans père et son corollaire, la GPA, mérite donc toute l’attention du chef de l’Etat et de son gouvernement afin de ne pas refaire les erreurs de son prédécesseur. Si ce n’était pas le cas, nous assisterions alors à un reniement de la parole qui serait une faute politique aux très lourdes conséquences pour la suite de son quinquennat.