Chronique : « Pour le plus vulnérable, garder le cap dans la tempête »

 Jean-Pierre Denis, rédacteur en chef du magazine La Vie a publié un éditorial à propos des états généraux de la bioéthique. Il écrit : « Tout se passe comme si un scénario maximaliste était écrit, bien qu’il ne soit jamais assumé (…) c’est l’adoption de toutes les réformes sociétales restées dans les tuyaux du précédent quinquennat : PMA, gestation pour autrui, suicide assisté… ». Il écrit que la société est « prête », que « les Français expriment de tout autres préoccupations », que « les logiques frontales type « Manif pour tous » ont profondément creusé le fossé entre le monde catholique et une bonne partie de la société ». Il souligne en même temps qu’il « ne prêche pas le renoncement, (…) la résignation, mais la libération ».

A l’automne 2012 cependant, personne ne pariait un kopeck que des centaines de milliers de Français de toutes les origines sociales, politiques et religieuses manifesteraient contre le projet de loi Taubira. Et en février 2013 les courbes des sondages montraient que les Français adhéraient de moins en moins à cette réforme, à mesure que les débats éclairaient les enjeux. Aujourd’hui, plus de 72% des Français estiment que l’Etat doit garantir aux enfants nés par PMA le droit d’avoir un père et une mère. L’opinion n’est donc pas « prête » : ce n’est pas aussi simple que semblait le montrer le fameux sondage paru dans La Croix, loin s’en faut.

Quant à l’intérêt des Français pour ces sujets, il reste toujours très élevé. C’est ce que certains appellent l’exception culturelle française, qui fait de la France un pays où la question des droits de l’Homme ne s’est pas perdue dans le matérialisme, où « l’ubérisation » de la société que Jean-Pierre Denis dénonce n’est pas acceptée sous prétexte que cela vient de la Californie et donc que c’est « cool ».

En ce qui concerne la manière d’intervenir de La Manif Pour Tous, elle n’a jamais été mue par une volonté de « logique frontale ». Elle a d’ailleurs été lancée par une pétition demandant l’ouverture de débats sous la forme d’états généraux ou même d’un référendum. La charte du mouvement, comme sa communication, souligne sans cesse l’impératif du respect comme d’un état d’esprit ouvert à tous et pacifique.

Mais, comme Jean-Pierre Denis l’écrivait dans son premier éditorial après l’élection d’Emmanuel Macron à l’Elysée – intitulé « Le social, pas le sociétal ! » –, François Hollande est bien le responsable des « fractures occasionnées par la façon dont fut mené le débat sur le mariage pour tous ».

Aujourd’hui, La Manif Pour Tous participe activement et heureusement aux états généraux de la bioéthique, même si, comme Jean-Pierre Denis, elle s’interroge : « Le remue-méninges n’est-il que l’habillage du remue-ménage ? »

Le rédacteur en chef évoque enfin le « fantasme d’influence et de puissance, ces illusoires mondanités ». Certes, l’orgueil guette toujours l’Homme, et il est bon de le rappeler. Mais dans le contexte éprouvant que nous connaissons, est-ce juste de dire qu’est nécessairement « mondain » celui qui refuse publiquement l’injustice, celui qui est violemment pris à partie, celui qui garde malgré tout l’espérance du respect du plus vulnérable ?

Quoiqu’il en soit, dans la tempête, tous ensemble, gardons le cap.

 

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