Chronique –  « La philosophie devenue folle », un livre qui remet les pendules à l’heure

Jean-François Braunstein, professeur de philosophie à la Sorbonne, vient de publier un livre important : « La philosophie devenue folle – Le genre, l’animal, la mort ».

A partir de la lecture des auteurs phares du genre (John Money, Judith Butler, Anne Fausto-Sterling, etc.), l’auteur questionne leurs pensées, leurs écrits. Et il ne cache pas son incrédulité, sa stupéfaction – non sans humour – sur leur réception dans le monde universitaire et la société en générale, trop souvent exemptes de critiques et de remises en cause, y compris quand les idées deviennent « folles ».

Il revient sur l’expérience « cruciale » de John Money avec David Reimer, qui avait été victime, bébé, d’un accident médical lui ayant abîmé le pénis. Considérant que l’anatomie n’est rien, et la culture tout dans la construction de l’identité, il convint les parents de David de faire disparaître ce qui reste de son pénis et de l’élever comme une fille. Cette expérience se termina dramatiquement par le suicide de David devenu adulte, alors qu’adolescent il voulut être reconnu comme un garçon – ce qu’il n’avait jamais cessé d’être. Et Jean-François Braunstein rappelle utilement les dénis et les mensonges de John Money au sujet de cette expérience tragique, ainsi que sa promotion de la pédophilie et de l’inceste. Pour sa défense, comme une musique bien connue, le psychologue accusa l’extrême droite d’un complot contre lui.

Jean-François Braunstein critique ensuite la pensée d’Anne Fausto-Sterling et de Judith Butler, artisans de la seconde étape du développement de l’idéologie du genre « Mon identité sexuelle dépendra de ma volonté ». Il pointe « La gnose contemporaine : le mépris du corps ».

Jean-François Braunstein écrit à propos de la « théorie du genre » qu’ « il s’agit bien d’une « révolution anthropologique » dont les effets commencent à se faire sentir dans le monde réel, en contribuant à changer nos mentalités et nos vies. » Il souligne cette marche « vers l’indistinction finale ». Il dénonce « Le politiquement correct devenu fou », le « passage des bons sentiments à l’abjection », et rappelle que « les moins enthousiastes sont ceux qui connaissent le mieux le sujet et qui sont les plus directement concernés par les conséquences de ces innovations. Psychiatres ou psychanalystes ne sont, pour la plupart, pas de fervents adeptes de la théorie du genre ». Il appelle donc à la prudence contre « la dernière tendance (…), les enfants transgenres ».

Il faut lire Jean-François Braustein. Il rappelle l’incapacité de ses penseurs « à penser l’altérité, la différence, la limite – la résistance du réel » (« Le Monde », 28 septembre 2018). Ses propos sont clairs, étayés, sans appel, mais non sans humour, ce qui, compte tenu de la gravité du sujet, n’est pas sans signification.

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