Chronique : « Les non-dit- du sondage La Croix »

Nous avons à peine le temps de vous présenter nos vœux, et les meilleurs qui soient pour cette nouvelle année 2018, qu’il nous faut déjà remonter sur le pont, hisser la grand’voile, et fendre les flots sans craindre la houle et les embruns, car ça va tanguer !

En effet, il n’aura pas fallu attendre longtemps pour que le quotidien « La Croix » vienne bousculer la torpeur des lendemains de la Saint-Sylvestre. Le quotidien a publié le 3 janvier un sondage qui révèlerait « une opinion publique très favorable à une évolution législative sur la PMA, la GPA et la fin de vie ». Mais est-ce si sûr ? De fait, tant sur la forme que sur le fond, nous sommes frappés par les incohérences du sondage et les non-dits dans le commentaire.

En ce qui concerne la PMA sans père, La Croix indique que le nombre de Français favorables (c’est-à-dire « tout à fait favorable » et « plutôt favorable ») n’a pas cessé d’augmenter de janvier 2013 à décembre 2017.

Mais La Croix ne précise pas que leur nombre a beaucoup diminué depuis septembre 2017 : ils étaient alors 64% contre 60% aujourd’hui pour les couples de deux femmes. La baisse est même de 8 points pour les « tout à fait favorable » qui passent de 30 à 22% sur la même période. Et pour les femmes célibataires, le nombre de « favorable » passe de 65 à 57% des Français, et 31 à 19% pour les « tout à fait » favorable ».

Il est tout à fait vraisemblable que cette forte baisse soit liée aux débats publics qui ont eu lieu sur la PMA sans père depuis la déclaration de Marlène Schiappa. Autrement dit, faire entendre largement aux Français que l’accès à la PMA, dans ce contexte, fait des orphelins-nés, peut changer radicalement la donne.

Quant à la GPA, 18% des sondés se disent favorables à la GPA « dans tous les cas ». Mais La Croix agrège aux oui les 46% favorables pour des raisons « médicales », ce qui conduit la quotidien à faire sensation en écrivant que « 64% des Français sont favorables à la GPA »… sans autre précision.

Sur le fond, il est souvent reproché à La Manif Pour Tous d’associer PMA sans père et GPA, au motif que « la GPA est interdite dans le droit français » et « qu’il n’en est pas question en l’état ». Alors pourquoi ce sondage pose-t-il la question de la GPA « médicale » ? Tout d’abord, remarquons que cette formulation est nouvelle. Nul n’en avait jamais entendu parler. Les partisans de la GPA ont tenté, pour faire admettre celle-ci, d’abord la GPA « éthique », puis la GPA « encadrée » ; ayant échoué, désormais c’est la GPA « médicale » qu’ils tentent de vendre à l’opinion publique. De quoi s’agit-il ? La question du sondage ne le précise pas !

Il est intéressant de noter qu’un coup de pied de l’âne est décoché au passage à La Manif Pour Tous par Alain Mergier, qui commente le sondage dans La Croix : le sociologue affirme que « finalement » le mouvement n’a pas de « réservoir » de sympathisants en-dehors du million de personnes descendues dans la rue.  Entre 1 million de personnes dans la rue et 25 millions de Français partageant les mêmes opinions sur la PMA sans père et la GPA, cherchez l’erreur ! Ce Monsieur essaye de se rassurer, mais il n’a pas pris le bon argument !

Regrettable également que La Croix ne parle pas, ou si peu, du droit de l’enfant d’avoir un père et une mère. Le quotidien aurait pu rappeler qu’un sondage Opinion Way paru en septembre 2017 montre qu’une très large majorité de Français (72%) estime que « l’Etat doit garantir aux enfants nés par PMA le droit d’avoir un père et une mère » !

 

Accéder à l’ensemble des Chroniques