Chronique : « Nomination de Bruno Roger-Petit : Souhaiter l’unité mais choisir un porte-parole aux propos violents »

 

Bruno Roger-Petit a été nommé porte-parole de la Présidence de la République. Sa mission : « relayer la parole publique de l’Elysée, et (il) utilisera pour ce faire tous les moyens à sa disposition, notamment le compte twitter de la Présidence. » Etrange nomination. Bruno Roger-Petit est journaliste au magazine Challenge. Que va-t-il faire dans cette galère ? Que signifie cette nomination ? Quel type d’homme est-il ?

L’Elysée, une galère ? Non. Comme l’écrivent avec malice ses confrères, Bruno Roger-Petit est nommé « Pour service rendu », « Rectification : @B_Roger_Petit conserve son poste de porte-parole de Macron mais déménage son bureau ». Pendant la campagne électorale présidentielle, la société des journalistes de Challenge s’était plainte de son soutien affiché à Emmanuel Macron, à rebours de toute déontologie professionnelle. Et la première récompense était tombée : le soir du 1er tour, il était le seul journaliste invité à la Rotonde pour fêter la qualification de son champion pour le 2d tour. Déjà, il était loin le temps où Bruno Roger-Petit écrivait que « Les révélations sur la soirée du Fouquet’s annoncent la défaite de Sarkozy » ; mais en mai dernier c’était rive gauche, dans le Montparnasse des artistes et des intellectuels, rien à voir donc.

Cette nomination est également le signe visible, la preuve s’il en est pour les contempteurs des mœurs politiques, de la collusion entre les responsables politiques et les médias. Et cela a lieu au moment où plusieurs hommes et femmes politiques viennent d’être recrutés par des télévisions et radios : Aurélie Filippetti et Gaspard Gantzer par RTL, Julien Dray par LCI, etc., ils sont une dizaine. Naturellement, aucun n’abandonne la vie politique ; c’est un aller avec retour. Nous sommes dans le parangon du mélange des genres politiques/journalistes, le « système médiatico-politique » si souvent dénoncé, mais que répondre là ? Nous croyions que le journalisme était un vrai métier, avec un savoir-faire, des règles, une charte de bonne conduite et une éthique que l’on retrouve dans l’objectivité recherchée. Ces recrutements balaient tout ça.

Enfin, Bruno Roger-Petit est du style pamphlétaire méchant et primaire quand il écrit un livre. Dans son essai aux allures de tract électoral contre François Fillon paru pendant la campagne présidentielle aux éditions Stock – intitulé « Le pire d’entre eux », il chargeait La Manif Pour Tous avec la finesse intellectuelle d’un fantassin partant à l’assaut des tranchées ennemies pendant la Première guerre mondiale. Florilèges : « La République n’est pas le projet de la Manif pour tous […] vecteur du néo-populisme chrétien […] La France Manif pour tous qui soutient Fillon est cette France de la bourgeoisie française des années 1930, France des petites villes de province endormies à l’ombre de clochers millénaires. C’est la même. Immobile. Invisible. Menaçante. Aigrie. Revancharde. Agissante. »

Tout cela n’est d’ailleurs que la suite du tweet écrit par Bruno Roger-Petit le 24 mars 2013 pendant la manifestation historique de la Grande armée : « Manifestants #manifpourtous en bas de mon domicile… Que faire ? » et s’ensuivent pistolet, bombe, couteau, seringue et marteau.

C’est en droit pénal ce qui constitue un appel au meurtre. Pas moins. C’est peut être la raison pour laquelle Bruno Roger-Petit a fermé hier son compte twitter, soit 73 000 tweets, et autant de bombes ? Il y a du Medhi Mekla, le blogeur du Bondy blog aux 50 000 tweets d’appels à la haine, au viol, au meurtre, racistes, antisémites, homophobes, misogynes.

Voilà qui est Bruno Roger-Petit. Pourra-t-il s’élever au-dessus de sa condition, revêtir les habits de porte-voix du pouvoir présidentiel, c’est-à-dire être un peu la voix de la France ? A La Manif Pour Tous, nous en doutons. Cette nomination ne participe pas à l’idée d’une Présidence au-dessus des opinions et surtout des extrémismes, condition pourtant nécessaire pour inspirer la confiance. Car le respect porté au titulaire de la fonction dépend aussi du respect que porte le représentant de la fonction à l’ensemble des citoyens.

Emmanuel Macron devrait avoir la sagesse de revenir sur cette nomination.

A défaut, La Manif Pour Tous demande que Bruno Roger-Petit n’intervienne pas à l’avenir sur les sujets à propos desquels il a agressé et blessé de nombreux citoyens et qu’il soit tenu de respecter les règles et usages de la liberté de la presse et d’une société civilisée.

C’est l’une des conditions pour qu’advienne l’unité des Français que le Président de la République appelle de ses vœux.