Chronique : « L’Histoire : les dérives d’un magazine qui faisait autorité »

Les magazines « L’Histoire » et « Marianne » publient un hors-série « Intégristes et fous de Dieu ». Stupeur ! un article est consacré à l’opposition à la loi instaurant le mariage de deux personnes du même sexe. Comment le magazine de référence de la recherche historique grand public arrive-t-il à placer ce sujet au milieu de la violence et des terroristes agissant « au nom de Dieu » ?

La raison de la présence de l’article « Pas de mariage pour les homosexuels ! » signés par Caroline Fourest et Fiammetta Venner, est que la première est journaliste à « Marianne ». Militante politique pro-LGBT radicale, c’est elle qui a imposé ce sujet à l’historien Michel Winnock – que l’on connaissait plus prudent.

N’étant pas historienne mais explicitement partisane, l’article est un modèle du genre, un condensé d’erreurs, de partis pris et d’approximations. Les quelques informations qui s’y trouvent ne suffisent pas à faire passer l’article pour le travail d’une chercheuse en histoire contemporaine. Des termes chics et chocs sont utilisés comme « la droite religieuse », mais sont en toc n’ayant aucune valeur en France, ce terme renvoyant à une conception sociopolitique des Etats-Unis. Autre exemple pour donner de la crédibilité, ces rédactrices donnent la date de la création de La Manif Pour Tous en préfecture, mais ne mentionnent pas le fait qu’elle est « apolitique et aconfessionnelle », ce qui est ennuyeux compte tenu du sujet du hors-série. Enfin, allant trop vite parce qu’elles ne sont pas historiennes et ne vérifiant pas ce qu’elles citent, elles écrivent que la présidente de La Manif Pour Tous se prénomme Ludivine quand c’est Ludovine… Enumérant des faits, comme d’autres des perles, en guise d’analyse, l’article touche bien le fond, celui que n’atteindrait pas aussi vite et aussi bien n’importe quels titres de la presse à sensation. Le complot version Fourest & Venner est bien là, avec dans l’ordre d’entrée sur scène le Vatican, la Russie, la droite religieuse américaine, etc. Prière de ne pas rire.

En clair, cet article est un tract militant, et le lecteur se demande ce qu’il fait dans ce hors-série estampillé « L’Histoire » : défendre le droit d’avoir un père et une mère pour un enfant équivaudrait-il à poser des bombes ? Affligeant. S’opposer aux revendications LGBT reviendrait-il à être « intégriste » ? Le raisonnement, c’est-à-dire l’amalgame, est navrant. Il est en tout cas déplorable que la rédaction de « L’Histoire » ait accepté la publication de cet article qui entache le sérieux des publications du même magazine. Si le comité scientifique du journal a accepté cet article politique, qu’en est-il des autres, quels crédits leur donner ?

C’est ainsi que pour l’historien Gérard Noiriel, « L’Histoire » qui se voulait une « revue de vulgarisation de haut niveau », ne propose plus « la liste des cours du Collège de France, mais les programmes de la télévision », et du sensationnel peut-on ajouter.

Alors que La Manif Pour Tous a fait défiler pacifiquement des millions de Français dans la rue pour s’opposer à un projet de loi et bouleverse le paysage politique français depuis lors, Michel Winnock et sa rédaction montrent qu’ils n’ont rien vu, rien compris à propos de ce qui se joue, au contraire de Christiane Taubira qui évoquait un « changement de civilisation ». Pire, ils ont transformé leur magazine en porte-voix d’un militantisme qui a réussi à faire de cet article un modèle de fake-news (y compris avec la légende de la photo qui l’accompagne, mélangeant des mouvements différents d’opposition à la loi Taubira).

Nous conseillons donc à « L’Histoire » de tout reprendre à zéro, et de faire travailler à propos de l’histoire de La Manif Pour Tous de vrais historiens. Il en existe. Nous pouvons lui donner des noms. Pour cela, s’adresser à Ludovine.

 

 

Accéder à l’ensemble des Chroniques