Chronique : « L’enfant a des droits »

La plupart des politiques et des médias ne s’interrogent pas sur l’enfant : il est le grand oublié, le grand absent des débats de société. Laurence Rossignol, ministre « des familles » du gouvernement de Manuel Valls, allant jusqu’à dire et répéter que la PMA sans père « n’ôte rien à personne » !

Cela s’explique sans doute par le fait que l’enfant n’est pas en mesure de s’exprimer publiquement pour les uns, et parce qu’il ne vote pas encore, pour les autres.

On part donc systématiquement du droit des adultes dans les décisions politiques et législatives. Ce qui revient, très souvent, à desservir les besoins de l’enfant. Et même quand on invoque – avec quelle hypocrisie ! – l’intérêt de l’enfant. A vrai dire, quand la gauche, ou la Cour européenne des droits de l’homme, invoque l’intérêt ou la protection de l’enfant, mieux vaut s’inquiéter aussitôt.[1]

A ce sujet, il est révélateur qu’au printemps 2014, lors des débats sur la proposition de loi « Autorité parentale et intérêt de l’enfant » (APIE), la Ministre de la famille et de l’enfance, Laurence Rossignol, ait refusé catégoriquement de soutenir l’amendement proposé par des députés pour remplacer dans l’intitulé du texte « intérêt de l’enfant » par l’expression habituelle « intérêt supérieur de l’enfant ». Elle avait fini par avouer à mi-voix « qu’il y avait d’autres intérêts en cause »[2]. Oui, pour certains, l’intérêt des adultes doit pouvoir primer sur celui des enfants, à l’encontre des responsabilités qu’ils devraient avoir pour les « sans-défenses ».

Il est frappant que, depuis 2012, les quelques études diffusées les années précédentes sur les enfants élevés par deux hommes ou deux femmes n’aient plus été évoquées par les partisans de la loi Taubira et de ses suites. Ces études n’ont été utilisées que les années précédant ce projet législatif. Tout s’est passé comme si, une fois l’opinion publique soi-disant convaincue qu’un enfant peut se passer sans dommage de père ou de mère, on n’ait plus eu besoin de recourir à ces études.

Pour ma part, j’attribue cela au caractère partisan de ces études, à un point tel que les militants de la loi Taubira craignaient les débats publics approfondis sur ces études.

Ces travaux sont biaisés, dépourvus de toute rigueur scientifique : en effet, ce sont des militants de la cause[3], trouvés grâce à des médias tout aussi militants, qui répondent aux questions et ce, en sachant l’impact politique des résultats ; les adultes répondent à la place des enfants et le nombre de cas étudié est systématiquement trop faible pour être représentatif[4] et défie même toutes les règles scientifiques en la matière.

Et naturellement, les études menées avec la méthodologie scientifique requise pour toute étude sociologique n’aboutissent pas du tout aux mêmes conclusions. Il en est ainsi de l’étude de Mark Regnerus[5] « How different are the adult children of parents who have same-sex relationships ? Findings from the New Family Structures Study ». La rigueur et le sérieux de cette étude ont été attestés par la communauté scientifique.[6] Or cette étude montre que « la famille nucléaire biologiquement intacte et stable (…) demeure l’environnement le plus sain et sécurisant pour le développement de l’enfant. »[7]

 

 


(Extrait du livre Familles, je vous aime de Ludovine de La Rochère, publié aux éditions Pierre-Guillaume de Roux)

[1] Cf la loi “Protection de l’enfance », la proposition de loi « Autorité parentale et intérêt de l’enfant » pour la première ; et ses arrêts sur la GPA pour la seconde.

[2] Débats en première lecture à l’Assemblée nationale.

[3] http://thf_media.s3.amazonaws.com/2012/pdf/bg2736.pdf

et http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0049089X12000610

[4] Le nombre maximum de personnes interrogées par ces étude est de seulement 44.

[5] Mark Regnerus, Department of Sociology and Population Research Center, University of Texas at Austin.

[6] « Further comments on the papers by Marks and Regnerus », Social Science Research 41, no. 4 (juillet 2012), 779-783, de Cynthia Osborne, ou encore dans « First Look at Mark Regnerus’s Study on Children of Parents In Same-Sex Relationships », boxturtlebulletin.com, juin 10, 2012, de Jim Burroway (pourtant favorable à la cause LGBT).

[7] Mark Regnerus « Response to Paul Amato, David Eggebeen, and Cynthia Osborne », Social Science Research, juillet 2012, Vol. 41, n°4, p. 786-787.