Chronique « #IdéeReçue10 / Les familles avec enfants ont des moyens »

Emmanuel Macron, comme François Hollande, n’a pas pu s’en empêcher. Quoi ? Diminuer les aides apportées aux familles. Motif invoqué : certaines d’entre elles n’en ont pas besoin. Conséquence : la diminution des aides apportées en particulier aux classes moyennes. Fondement de ces décisions : les familles avec enfants ont des moyens. Idée reçue ? Naturellement.

De multiples sources (Insee, La direction générale des Finances publiques, la Caisse nationale d’allocations familiales, etc.) étudient, modélisent, comparent la situation des personnes seules, des couples sans enfants et des familles avec enfant. Et toutes sont formelles : la baisse de niveau de vie des familles avec enfants est une réalité. L’idée n’est naturellement pas de s’en apitoyer, elle est simplement de l’avoir à l’esprit, c’est-à-dire d’en tenir compte dans un esprit de justice sociale. Car si les Français forment une communauté de destin, il est bon qu’ils sachent que ceux qui ont des enfants permettent à ceux qui n’en ont pas d’avoir un avenir. Les enfants d’aujourd’hui sont les actifs de demain, ce sont eux qui financeront les investissements et les retraites d’après-demain. Sans eux, « no futur ».

C’est ce que dit une étude de l’Institut Montaigne parue en octobre 2011 « Repenser la politique familiale ». Son rapporteur, Michel Godet, écrit que « Si l’on considère les familles avec enfants de moins de 18 ans, le niveau de vie des familles en couple diminue avec le nombre d’enfants : en moyenne de 13 % avec le premier, de 2 % encore avec le deuxième, puis de 5 % à 10 % par enfant à partir du troisième. »

 

TABLEAU

 

Comme nous le voyons dans ce tableau, le rapporteur poursuit « Même après impôts et transferts, le niveau de vie d’une famille en couple avec trois enfants ou plus est en moyenne inférieur de 25 % à celui d’un couple sans enfant. Les familles nombreuses, généralement modestes (près de 40 % des familles de quatre enfants ou plus est de référence « ouvrière »), constituent un fort contingent (1,2 million) de personnes « pauvres » (au sens monétaire, défini par les économistes comme ceux qui gagnent moins que 60 % du revenu médian). » Or ces familles nombreuses dont la diminution est constante sont celles « qui permettent le renouvellement des générations qui n’est pas à 2,1 enfants par femme (on ne découpe pas un enfant), mais à 3 » rappelle le rapporteur.

Ainsi, l’idée reçue que les familles ont des moyens et qu’elles peuvent servir de variable d’ajustement pour palier aux impérities gouvernementales, est un poison lent pour la société française. Les couples désireux d’avoir des enfants renoncent à en avoir par manque de confiance dans la solidarité nationale. En 2016, ils désirent en avoir en moyenne 2,39 mais n’en ont que 1,93.

Ainsi, la France voit sa natalité chuter depuis deux ans sans que cela n’ait gêné le moins du monde la majorité parlementaire pour faire supporter par les familles une partie de l’effort financier nécessaire à la constitution d’un budget 2018 respectant les critères de Maastricht. Les députés LREM ont donc voté la semaine dernière, en première lecture pour le moment, la baisse du montant de la prestation d’accueil du jeune enfant (PAJE) et la baisse du plafond des revenus pour y accéder.

Les familles n’ont donc toujours pas trouvé de vaccin à la familiphobie qui connaît une nouvelle épidémie de bien mauvaise augure pour la suite du nouveau quinquennat.