Chronique : « Faire du grand âge une « Grande cause nationale » »

 

La grève cette semaine des personnels des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) est un cri d’alarme lancé à toute la société. Que demandent-ils ? Plus de moyens pour s’occuper dignement des résidents dont ils ont la charge, et en particulier l’application d’un ratio d’un agent par résident, ainsi que l’abrogation d’une réforme contestée de la tarification. Comment voulons-nous nous occuper de nos aînés, de nos parents et de nos grands-parents ? C’est la question posée par ces personnels ainsi que leurs directeurs unis dans cette mobilisation sans précédent.

Aujourd’hui, 6 salariés encadrent 10 personnes âgées dans les Ehpad. C’est insuffisant pour bien s’occuper d’elles, les accompagner dans tous les gestes de la vie quotidienne. Les organisations syndicales ont publié un communiqué commun, « Il est inadmissible de ne pas prendre en compte la souffrance au quotidien que subissent professionnels, et par là même personnes âgées et familles ». En effet, les témoignages des salariés sont terrifiants ; ils parlent de « maltraitance » de leurs pensionnaires ; les maisons de retraite sont devenues des « machines à broyer ». C’est pour cela que les syndicats demandent, comme c’est le cas en Allemagne et en Autriche notamment, qu’il y ait un rapport de 10 pour 10. Si d’autres le font, pourquoi ne serions-nous pas capables de le faire ? Aussi, les 50 millions d’euros promis par la Ministre des solidarités et de la santé n’y changeront rien, parce que c’est trop peu, parce que c’est dérisoire.

Cependant, c’est à la société, c’est-à-dire aux Français, de changer le regard et donc de l’attention qu’ils portent aux personnes âgées qui doit évoluer. 728 000 personnes, entrées en moyenne à l’âge de 85 ans, vivent dans les Ehpad ; et ce chiffre ne va qu’augmenter dans les années à venir en raison du vieillissement de la population française. Il revient donc aux familles de s’engager pour que leurs aînés vivent dignement la dernière partie de leur vie. Ce sont elles qui ont le devoir moral d’obliger les pouvoirs publics à tout mettre en œuvre, budget et formation spécialement, pour que la France rattrape son retard dans ce domaine. C’est ensuite la responsabilité des responsables publiques de s’engager.

En 2007, Nicolas Sarkozy avait lancé un plan solidarité grand âge. Il n’a pas malheureusement pas réussi, ce dernier n’ayant pas tenu ses promesses, notamment celui de créer un « cinquième risque » (en référence aux quatre branches de la Sécurité sociale : maladie, retraites, famille, accidents du travail) pour répondre à ce bouleversement démographique : en 2050, les plus de 85 ans seront près de 5 millions.

Aujourd’hui, il y a urgence à prendre cette question à bras le corps. Le grand âge pourrait ainsi être décrété « Grande cause nationale », cet agrément attribué depuis 1977 à des sujets majeurs qui concernent tous les Français. Or celui des personnes âgées ne l’a jamais été. C’est le moment. La fraternité d’une société se juge d’abord à l’attention que les plus vaillants portent aux plus faibles – d’aucun parlerait d’égalité réelle vaillants-faibles pour reprendre une idée contemporaine populaire.

 

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