Chronique : « Drag-queen diva à 8 ans ? Qui manipule qui ? »

C’était le 4 août dernier. Le site web du magazine Elle USA met en ligne la vidéo d’un petit garçon de 8 ans, Nemis, qui aime se transformer en Lactatia, drag-queen diva. Le 30 août, il apparaît à nouveau dans une vidéo sur la page Facebook LGBT in the city (Canada), quand ce n’est pas sur sa propre page. Chaque vidéo enregistre des millions de vues.

Alors que La Manif Pour Tous écrit avant-hier à ce sujet le tweet suivant, « Qui peut croire qu’à 8 ans, un enfant adhère (librement ?) aux délires idéologiques des adultes », le chroniqueur philosophe d’Europe 1 Raphaël Enthoven a répondu « Et qui peut croire qu’un enfant de 8 ans défile librement aux cris de « les homos sont tous des enculés » ». Et s’ensuit une bataille de tweets défendant La Manif Pour Tous ou Raphaël Enthoven.

Après cette réaction aussi mensongère qu’excessive, La Manif Pour Tous rappelle qu’elle a toujours condamné les propos homophobes, c’est dans sa charte : « le mouvement est apolitique, aconfessionnelle et condamne fermement toutes formes d’homophobie ». Des millions de personnes ont participé à ses manifestations et évènements sans qu’aucun incident homophobe n’ait eu lieu. Si des perturbateurs faisaient entendre leurs voix, ils étaient sortis des rangs des manifestants. Dire le contraire, c’est être malhonnête.

Les enfants venus avec leurs parents aux manifestations de La Manif Pour Tous ont défilé puis ils sont rentrés chez eux. Ces enfants étaient à l’image des Français, de toutes les origines sociales, culturelles et confessionnelles, catholiques, juifs, protestants, musulmans, bouddhistes, agnostiques, athées, etc. L’ampleur des cortèges – plus d’un million de personnes ont battu le pavé parisien à plusieurs reprises – témoigne de l’ouverture de ce mouvement social et de la justesse des mots d’ordre de mobilisation : défendre la famille, premier lieu de solidarité et refuge des plus vulnérables, le mariage et la filiation, c’est à dire le droit des enfants à ne pas être délibérément privés de leur père ou de leur mère.

Etablir un parallèle avec l’histoire du jeune Nemis alias Lactatia est dénué de sens. Il n’a pas simplement été filmé par ses parents qui auraient juste publié leurs vidéos qui auraient connu « miraculeusement » un succès planétaire. Non, il n’y a aucun hasard dans le buzz que suscite ce petit garçon âgé d’à peine 8 ans. Les parents de Nemis sont à la manœuvre, vraisemblablement appuyés par une agence de communication et de relations publiques.

Les vidéos sont sophistiquées et mettent en scène un garçon particulièrement mature pour son jeune âge, à l’aise devant la caméra, s’exprimant avec aisance : en deux mots, télégénique et bête de scène. Raison pour laquelle il apparaît déjà dans des shows de cabarets. Nous sommes loin, à l’évidence, de la simple participation à une manifestation un dimanche après-midi en famille. Avec Nemis, show must go on. C’est précisément cette instrumentalisation de ce très jeune garçon qui choque.

L’hypersexualisation des enfants est heureusement de plus en plus dénoncée et combattue. On pense, au cinéma, à l’actrice Brooke Shields qui joua à l’âge de 12 ans le rôle d’un enfant prostitué sous la direction de Louis Malle dans « La Petite », ce qui suscita une polémique lors de sa sortie. Dans la photo, les clichés d’adolescentes de David Hamilton ne passent plus. Dans la mode, en 2011, le numéro du magazine Vogue France mettant en scène des filles  préadolescentes dans des poses de mannequins adultes provoqua une importante polémique.  L’actrice d’Eva Ionesco (52 ans), a fait condamner en 2011 sa mère Irina Ionesco, photographe, pour « atteinte au droit à l’image et à la vie privée » pour le préjudice subi par ses photos à tendance pornographique prises d’elle entre l’âge de 4 et 12 ans.

La Manif Pour Tous dénonce toutes ces mises en scènes d’adultes où les enfants sont hypersexualisés. Elle s’étonne donc d’être vilipendée quand elle dénonce le scandale des stéréotypes de genre véhiculés par le petit Nemis.

La Manif Pour Tous appelle chacun au discernement dans l’intérêt des enfants. Qui peut contester que les adultes qui accompagnent Nemis portent une lourde responsabilité en fragilisant ainsi sa construction sexuelle. Ecoutant la sagesse du philosophe, Raphael Enthoven aurait ainsi pu garder de la mesure dans ses écrits sur Twitter, comme il sait le faire dans ses interventions orales. On ne peut que lui recommander la lecture de l’autobiographie d’Eva Ionesco retenue dans la sélection des auteurs pour le prix Renaudot 2017, « Innocence ».