Chronique : « Les défis à relever » (4/8)

  1. L’utopie du genre[1] (1/2)

Les études de genre se sont d’abord développées aux Etats-Unis à partir des années 50. Revues, colloques, chaires se sont multipliées. Elles ont trouvé de solides relais chez de nombreux intellectuels. Mais depuis quelques années, le genre a quitté les rivages des études sociologiques pour celui du militantisme.

En France, la question du genre s’est véritablement imposée tardivement, au cours des quinze dernières années. C’est en 2011, avec son introduction dans les manuels de science de la vie et de la terre (SVT) des classes de première[2] que le grand public en a entendu parler pour la première fois.

De quoi s’agit-il ? Depuis quelques dizaines d’années, le terme « genre » est principalement employé pour remplacer le mot « sex » qui, en anglais, tendait à se spécialiser pour désigner l’activité sexuelle et non plus l’identité sexuelle homme ou femme.

Le « genre » désigne aussi les manières variables dont une société perçoit et organise la différence entre les sexes : le « genre » est alors le système des « codes » régissant les attentes, les images, les rôles, etc. de chacun des deux sexes. Autrement dit, c’est l’aspect social, culturel, de l’identité sexuelle. Ce terme a ainsi permis de théoriser la différence entre le sexe biologique d’une part, le sexe social de l’autre.

Le genre traite aussi des rapports de pouvoir entre les sexes. Il a pour champ d’étude le monde social, politique, économique, culturel et religieux. C’est-à-dire tout.

Une deuxième acception, dérivée de la première, est celle utilisée couramment aujourd’hui pour combattre les « stéréotypes de genre », ces « codes » féminins ou masculins propres à chaque société. Elle est l’avant-garde officielle des combats non officiels pour la reconnaissance des « identités de genre » – lesbienne, gay, bisexuel, trans, intersexe, queer, etc.

Cette nouvelle acception a conduit à cautionner la « déconstruction » du genre, défendue notamment par Judith Butler, suivant l’idée que le sexe relève d’une « construction sociale ». Cette acception, idéologique celle-ci, refuse l’enracinement de la condition féminine ou masculine dans un corps naturellement sexué. Une frontière étanche devrait séparer ce qui est considéré comme un pur « donné » biologique, sans valeur intrinsèque, et ce qui relève de la liberté individuelle : choix des identités subjectives, « rôles » adoptés dans la vie sociale, etc.

L’idéologie du genre est donc cette position philosophique et sociologique qui affirme que l’identité sexuelle n’est qu’une construction sociale, indépendante de toute réalité biologique. Elle considère que la société nous assigne des rôles – d’où les « stéréotypes[3] de genre » – pour assurer la domination de l’homme sur la femme. Ces rôles assignés sont artificiels et contraires à notre liberté et à l’égalité. Or, dès lors que l’on déconnecte l’identité du sexe féminin ou masculin, le choix est illimité : l’individu se détermine selon son ressenti – plus ou moins masculin ou féminin, ou ni l’un ni l’autre, ou les deux – et son orientation sexuelle. C’est ce qu’on appelle l’identité de genre. D’ores et déjà, l’Union européenne et l’ONU reconnaissent de nombreux genres. C’est également le cas de l’entreprise Facebook qui propose maintenant à ses utilisateurs soixante et onze options en matière d’identité de genre : androgyne, autre, bigenre, cisgenre, genre-fluide, intersexe, pangenre, neutre, trans, transexuel, transgenre, etc.[4]

Certains partisans du genre considèrent même que l’indifférenciation sexuelle est l’aboutissement logique de cette pensée. Selon eux, le genre « neutre » pourrait être la base à partir de laquelle l’individu s’autodétermine.

Cette idéologie a justifié et structuré les revendications du militantisme LGBT et donné un deuxième souffle au féminisme radical. En outre, elle rejoint des intérêts financiers puissants parce que la PMA et la GPA – induites par l’idéologie du genre – sont des business très lucratifs […].

(Extrait du livre Familles, je vous aime de Ludovine de La Rochère, publié aux éditions Pierre-Guillaume de Roux)


[1] Cf « L’idéologie du genre », publié par La Manif Pour Tous.

[2] Luc Chatel était alors Ministre de l’Education nationale.

[3] Terme à connotation péjorative d’ailleurs

[4] D’après Google +, qui propose « homme », « femme » et « autre », 1% des personnes choisissent la 3e option.