Chronique : « Les défis à relever » (3/8)

(La première partie de cette chronique est disponible ici)

  1. Les bouleversements culturel et sexuel

Depuis l’Antiquité, l’histoire sociale en Occident a connu plusieurs grandes révolutions culturelles. La plus connue, celle de l’amour courtois né en Occitanie à la fin du XIe siècle, idéalisait la découverte du sentiment amoureux.

Plus proche de nous, la révolution romantique idéalisa l’amour passionnel, l’opposant au mariage[1] et reléguant au rang d’institution rétrograde la pratique des mariages arrangés. « Les mémoires de deux jeunes mariées », roman épistolaire écrit par Balzac vers 1840, est une parfaite illustration de cet antagonisme naissant entre deux conceptions du mariage. Les deux jeunes femmes se racontent leur vie, l’une ayant choisi le mariage pour s’assurer une place dans la société. Ayant simplement de l’estime et de l’amitié pour son époux, elle mise tout sur la maternité. L’autre, au contraire, ne s’intéresse qu’à la passion amoureuse, qu’elle souhaite vivre et sublimer.

La révolution sexuelle contemporaine, emblématiquement liée en France à mai 68, se manifeste par l’exercice ludique de la sexualité, la fragilisation du lien du mariage, la facilitation sans cesse accrue de la séparation, la multiplication des formes de conjugalité, la maîtrise de la fécondité.

Le mariage est désormais fondé exclusivement sur l’amour entendu au sens de la passion amoureuse. Ce qui fit dire à l’un de mes opposants au cours d’un débat sur France culture : « on se marie parce que s’aime et on divorce quand on ne s’aime plus ». Et c’est là que le bat blesse, les enfants nés entre-temps ayant au contraire besoin de vivre avec leurs deux parents. Il y a donc tension, depuis maintenant quelques dizaines d’années, entre les désirs des adultes et leur responsabilité de parents.

Mais depuis, on a franchi une nouvelle étape : c’est désormais la filiation que l’on voudrait fonder exclusivement sur l’affectif, l’argument étant que seul l’amour compte : dès lors que l’enfant est aimé, il serait indifférent pour lui d’être élevé par un homme et une femme, deux hommes ou deux femmes et, pourquoi pas, trois, quatre ou cinq « parents ».

Nous notons par ailleurs une forte présence de la sexualité dans la vie quotidienne. L’essayiste Jean-Claude Guillebaud décrit cette situation nouvelle : « Un extraordinaire tapage sexuel colonise aujourd’hui jusqu’au moindre recoin de la modernité démocratique. Plaisir promis ou exhibé, liberté affichée, préférences décrites, performances mesurées ou procédures enseignées à tout va : aucune société avant la nôtre n’avait consacré au plaisir autant d’éloquence discursive, aucune n’avait réservé à la sexualité une place aussi prépondérante dans ses propos, ses images et ses créations.

Qu’on s’en réjouisse ou qu’on s’en étonne, une évidence s’impose : mille convocations voluptueuses nous assiègent désormais, partout, sans relâche ni mesure. S’en offusquer n’aurait pas beaucoup de sens ni de portée. Voilà le sexe devenu le « bruit de fond » de notre vie quotidienne. Au regard des époques antérieures, fussent-elles grecque ou romaine, la nôtre ne parle littéralement que de ˵ça˶. Pour en dire quoi au juste ? »[2]

L’érotisme et la pornographie en libre accès sur Internet, sont une donnée nouvelle, qui n’est pas sans conséquence sur les enfants et les jeunes et qui, à ce titre, interrogent les familles en terme d’impact pour eux, de responsabilité parentale et d’éducation à la vie affective.

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(Extrait du livre Familles, je vous aime de Ludovine de La Rochère, publié aux éditions Pierre-Guillaume de Roux)


[1] Lord Byron : « Le mariage vient de l’amour comme le vinaigre du vin. »

[2] Jean-Claude Guillebaud, La Tyrannie du plaisir, Editions du Seuil, 1998, p.16.