Chronique : « Les défis à relever » (2/8)

  1. L’éducation, l’égalitarisme et le pédagogisme

Pour la gauche de gouvernement, la famille est un lieu d’oppression et de déterminismes qui empêche l’individu d’être libre. Comme le déclare Manuel Valls : « La seule question qui vaille, c’est comment orienter la modernité pour accélérer l’émancipation des individus[1] ».

Aux yeux de ces politiques, l’Etat doit intervenir auprès des enfants « dès le plus jeune âge[2] » et ce, d’autant plus que la famille est également un lieu d’inégalité, à commencer par l’inégalité homme-femme, que le couple transmettrait systématiquement à ses enfants : la famille reproduit les inégalités, d’où l’indispensable chasse aux « stéréotypes de genre » dès la crèche et, plus largement, l’action anti-famille de cette gauche qui se défie radicalement des parents.

L’égalité – devenue égalitarisme – est l’objectif politique et social numéro 1 de la gauche française. C’est elle qui doit régir les rapports sociaux. Elle est appliquée à tout sans distinguo : égalité des sexes, égalité de genre, égalité professionnelle, égalité d’accès aux soins, égalité d’accès à l’enseignement, et même « égalité réelle » (sic)[3] – y compris, comme dans le mariage, quand la situation des uns n’a rien à voir avec celle des autres et n’est donc pas comparable. On regrette que la gauche de gouvernement n’ait pas mis autant de détermination dans d’autres domaines…

L’Etat va jusqu’à s’immiscer dans la vie conjugale et familiale, comme nous l’avons vu aussi avec la modification du congé parental, laquelle visait à obliger les pères à prendre ce congé. Jusque-là, liberté était laissée aux couples de choisir lequel, du père et/ou de la mère, le prenait. Dorénavant, l’un des parents peut prendre 2 ans et l’autre 1 an. Si le deuxième parent (en général le père) ne prend pas cette année de congé, celle-ci est perdue.

Comme il fallait s’y attendre, deux ans après son lancement, ce congé parental est toujours pris à 96% par les mères. Et maintenant que ce congé est, dans les faits, réduit à deux ans, que faire d’un enfant de cet âge quand il manquait déjà, avant cette mesure, 350 000 places de crèche[4] et que l’enfant est par ailleurs trop jeune pour l’école ? Un immense casse-tête pour les parents et surtout les moins aisés. Cette mesure, conduite au nom de l’idéologie égalitariste… et de la volonté de faire 800 millions d’euros d’économie sur le dos des familles, est aussi liberticide qu’inefficace. Et elle coûte, finalement, très cher parce que ses concepteurs n’avaient pas pensé que le financement d’une place de crèche est beaucoup plus coûteux que le congé parental. […]

Autre domaine majeur d’action : l’Education nationale. La Ministre instaure l’ABCD puis le plan Egalité, lequel confond indifférenciation sexuelle et égalité suivant l’idéologie du genre. En outre, constatant l’impossibilité pour tous les élèves d’exceller, la Ministre préfère ramener les exigences au niveau des plus faibles. Cet objectif explique la suppression des internats d’excellence, des bourses au mérite, de l’enseignement du latin et du grec, des classes bi-langues[5] ainsi que la réforme du collège. Avec celle-ci, les travaux interdisciplinaires ont désormais plus d’importance que les disciplines fondamentales dont le nombre d’heures est réduit. Les dégâts du pédagogisme sont pourtant déjà très lourds et la chute du niveau scolaire français[6] aurait dû réorienter vers des exigences et des méthodes tirant mieux parti de l’excellent niveau des enseignants français : les élèves ont tout à apprendre d’eux !

Et pour être certaine qu’aucun enfant n’échappe plus à ses méthodes et au rouleau compresseur idéologique, la Ministre souhaite un texte législatif pour faire passer les écoles hors-contrat d’un régime déclaratif à un régime d’autorisation. Elle souhaite aussi pouvoir surveiller étroitement les familles qui font l’école à la maison.

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 (Extrait du livre Familles, je vous aime de Ludovine de La Rochère, publié aux éditions Pierre-Guillaume de Roux)


[1] L’Obs, 22 octobre 2014.

[2] Propos maintes fois réitérés de Vincent Peillon et Najat Vallaud-Belkacem.

[3] Enfin, last but not least, remarquons que pour les enfants des couples de deux hommes ou de deux femmes, cette égalité vole en éclat, car eux n’ont pas le droit d’avoir un père et une mère comme les autres enfants.

[4] « Point sur l’évolution de l’accueil des enfants de moins de trois ans », Haut conseil de la famille, 13 juin 2013.

[5] Partiellement maintenue finalement.

[6] Rapport PISA 2012.