Chronique : « Les défis à relever » (1/8)

L’histoire s’accélère, les cycles raccourcissent, la terre est réduite à un « village global ». Dans ce contexte, la famille doit faire face à un ensemble de bouleversements qui sont autant de défis qu’elle doit relever : internationalisation de l’économie, éducation, sexualité, genre, numérique, transhumanisme, nature et paix. Pour les relever, il convient d’offrir à la famille l’environnement le plus propice à celle-ci, d’une part en lui offrant un cadre juridique attractif et stable – c’est le rôle de l’Etat -, d’autre part en la laissant agir librement car elle sait mieux que quiconque ce qui est bon pour elle – principe de subsidiarité.

  1. L’ogre ultralibéral

La philosophe Monique Canto-Sperber écrit que nombre d’idées défendues par les partis progressistes sont d’abord des idées libérales : « …Défense de la liberté, reconnaissance de la diversité intrinsèque de la société des hommes, acceptation du rôle du marché, promotion de la réforme et confiance accordée aux règles et aux procédures, sont reprises à leur compte, au moins dans les propos, par tous les mouvements politiques démocratiques, y compris les mouvements républicains et socialistes. Le fait qu’elles soient aujourd’hui très largement reçues ne doit pas faire oublier leur origine libérale. »[1]

Il convient ainsi de comprendre que la version débridée du libéralisme, l’ultralibéralisme, n’est pas le monopole d’une pensée politique. L’ultralibéralisme est ainsi une sorte d’ogre auquel rien ne peut résister, avalant tout. A ce titre, il prône la déréglementation totale des marchés et d’une manière générale de toutes les activités humaines qu’elles soient du secteur privé ou du secteur public. Le droit devient alors la référence suprême : il se réduit alors à une multitude de droits subjectifs. Le mariage entre deux hommes ou deux femmes en est une illustration.

Comme nous le voyons l’ultralibéralisme est la matrice de la dérégulation sociétale. Il fragilise la famille de deux manières : il favorise l’individu au dépend du groupe et conduit à la marchandisation de toute l’existence jusque dans la procréation et la filiation. Et la mondialisation exacerbe ce phénomène.

Les usines à bébés d’Ukraine ou du Nigéria, fournisseurs d’enfants nés par gestation par autrui (GPA), constituent le palier atteint aujourd’hui par une recherche de rentabilité, où intérêts financiers, aliénation des consciences et consumérisme hédoniste forment une combinaison redoutable.

L’individu est de plus en plus seul face aux forces du marché, des entreprises et des groupes de pression qu’elles financent pour défendre leurs intérêts. Et il va de soi que la famille leur fait obstacle. Parce qu’elle est par essence contraire à l’individualisme exacerbé et implique, en principe, des limites au « ce que je veux, comme je veux et quand je veux. »

D’où la volonté de François Hollande de mettre en place le prélèvement de l’impôt à la source, qui conduira à l’individualisation de l’impôt (puis à la suppression du quotient familial), et la suppression des ayants-droits : ceux qui l’étaient bénéficient désormais de la Protection maladie universelle[2]. Désormais, du point de vue de la sécurité sociale, ils ne dépendent plus de leur conjoint, mais de l’Etat[3]. C’est une nouvelle atteinte portée au mariage.

Le défi que nous devons relever face à l’ultralibéralisme est celui de remettre la famille « au centre du village » parce qu’elle est un bien commun à tous. Il faut la protéger, et comme à chaque fois qu’une mesure est prise la concernant, discerner pour savoir si cette dernière lui est favorable ou non.

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(Extrait du livre Familles, je vous aime de Ludovine de La Rochère, publié aux éditions Pierre-Guillaume de Roux)


[1] Les règles de la liberté, Editions Plon, 2003.

[2] S’ils perçoivent des revenus (fonciers par exemple), ils payeront une cotisation nouvellement mise en place.

[3] Loi de financement de la sécurité sociale 2016.