Chronique : « A propos de l’équité du service public de Radio France »

Ce vendredi 13 octobre, l’émission « Le téléphone sonne » sur France Inter était sur la PMA en l’absence de père. Ludovine de La Rochère, présidente de La Manif Pour Tous avait été invitée à participer au débat. Deux points ont frappé les auditeurs qui interrogent l’équité du débat sur les ondes de cette station appartenant au groupe public Radio France.

Le premier point est le traitement particulier réservé à l’un des quatre invités de l’émission. Il s’agit d’Irène Théry. Celle-ci avait déjà été l’invitée spéciale d’une émission « Une semaine en France », diffusée juste avant « Le téléphone sonne », entre 18h20 et 19h. Au cours de cette émission, elle a pu répondre aux questions soulevées par la PMA sans père. Sans contradicteur, pendant 45 minutes, les auditeurs ont eu droit à un festival de prises de positions partisanes et d’attaques dirigées notamment contre La Manif Pour Tous.

Irène Théry est ainsi apparue, une nouvelle fois, comme la pratiquante d’une sociologie transformée en « sport de combat » au détriment « d’une science ». C’est ce que rappelle le sociologue Gérald Bronner dans son dernier essai, « Le Danger sociologique » (PUF). Présentant ce dernier dans une interview parue dans Le Figaro, Gérald Bronner dit que « La vocation de la sociologie doit être modeste. Elle ne doit pas se donner une mission politique. » Et il rajoute « La principale dérive est selon nous le refus de la science au nom de l’idéologie. L’idéologie, c’est la volonté de subordonner les catégories du vrai et du faux à celles du bien et du mal. » Gérald Bronner rappelle ainsi quelques fondamentaux de la sociologie manifestement passés par pertes et profits par Irène Théry qui n’a pas hésité – personne n’étant là pour la contredire – à avouer son intolérance : « il y a un problème dans le débat public […] On a laissé trop de place à certains (opposants) ». Irène Théry se considère ainsi comme le bien. Quant à La Manif Pour Tous, qui défend « le droit de l’enfant, dans la mesure du possible, de connaître ses parents et d’être élevé par eux »[1], c’est pour elle le mal.

Puis, entre 19h20 et 20h, la même journaliste, Claire Servagean, a animé « Le téléphone sonne » avec 3 invités favorables à la PMA sans père, Isabelle Gueguen, membre de l’association des parents et futurs parents gay et lesbiens (APGL), le professeur Israël Nisand, gynécologue obstétricien, et, à nouveau, Irène Théry. Face à eux trois et à la journaliste (dont tout le monde aura compris l’opinion au bout d’une minute d’émission), Ludovine de La Rochère, seule opposante. Naturellement, une auditrice, qui a appelé au cours de l’émission, s’en est émue. Ce à quoi la journaliste a répondu que tout allait bien car « elle s’exprime bien Ludovine de La Rochère ». Ce qui n’est pas un argument évidemment. A ce plateau déséquilibré, s’est ensuite ajouté le choix des questions d’auditeurs, tous favorables à la PMA sans père, à une exception près. Est-ce le résultat de l’appel lancé par l’APGL à ses membres d’appeler pour témoigner, faussant ainsi les règles du jeu de l’émission ?

La construction de ces deux émissions nous amène à appeler Radio France, et en l’espèce à la rédaction de France Inter, au respect du pluralisme dans les débats et le choix des invités. Naturellement les journalistes sont libres d’inviter qui ils souhaitent, c’est leur liberté, et nous la respectons. Mais en l’état, la ligne jaune du militantisme est allègrement franchie. Pour qu’il y ait débat, il faut un équilibre en temps de parole, et donc en nombre, entre les uns et les autres, ici ceux qui défendent le droit à l’enfant et ceux qui défendent les droits de l’enfant.

A ce sujet, l’article 4 du cahier des « missions et des charges de la société Radio France » mentionne que « La société assure l’expression pluraliste des courants de pensée et d’opinion dans le respect du principe d’égalité de traitement et des recommandations de la Commission nationale de la communication et des libertés. Elle assure l’honnêteté, l’indépendance et le pluralisme de l’information, notamment pour les émissions d’information politique, dans le respect des recommandations de la Commission nationale de la communication et des libertés. »

Nous appelons donc les stations de Radio France à respecter la règle et l’esprit de l’article 4. C’est le devoir de tous les salariés de ce groupe public, payés par l’impôt des Français. C’est également la mission du comité d’éthique de Radio France et de son médiateur d’y veiller.


[1] Article 7 de la Convention internationale des droits de l’enfant