Chronique – Alliage du « vieux monde » et de la science-fiction

Le bureau exécutif du groupe parlementaire de La République en marche (LREM) s’est prononcé pour la PMA sans père et son remboursement par la sécurité sociale. Il fonde ainsi son engagement sur un scenario de science-fiction : l’état-civil indiquerait que l’enfant a deux mères. Cette décision, qui pourrait faire sourire, si elle n’émanait pas du parti majoritaire dont les membres ânonnent à l’envie qu’ « ils sont à l’écoute des Français », amène plusieurs remarques :

La première est que LREM se targue de pratiquer une nouvelle façon de faire de la politique, reléguant les autres partis et leurs élus à un « ancien monde ». Pourtant, le groupe LREM n’a pas communiqué sur la manière dont a été adoptée cette position. Or, la semaine dernière la volonté du député Guillaume Chiche de déposer une proposition de loi sur la PMA sans père a laissé éclater au grand jour de vives dissensions au sein du groupe parlementaire LREM. Celles-ci auraient-elles disparu miraculeusement pendant le Benallagate ? Sans que l’on connaisse le résultat du vote interne, on constate que LREM a les pratiques du vieux monde, opacité et passage en force de quelques radicalisés.

La deuxième concerne l’engagement du parti LREM lui-même. Lors de la restitution de son enquête menée auprès de 35 000 citoyens de novembre 2017 à mars 2018 « Pour une égalité réelle entre les femmes et les hommes », il écrit « Notre mouvement a une vocation claire : ne jamais perdre de vue les priorités et le quotidien de nos concitoyens. Nous veillons à toujours accompagner l’action politique par un diagnostic lucide sur les priorités exprimées par les Françaises et les Français. Cette attention portée aux préoccupations des citoyens est une exigence forte du renouveau politique. » Or, enquête après enquête, la PMA sans père est la dernière des réformes évoquées par les Français, en rège générale entre 0 et 2%, quand le chômage, la sécurité ou l’éducation les préoccupent véritablement. Et encore, ils ne citeraient certainement pas la PMA si elle ne leur était pas proposée dans les réponses toutes faites. Est-ce donc ça le « renouveau », faire dire aux Français ce qu’ils ne disent pas ?

Le troisième est le piétinement par le groupement parlementaire LREM de ses engagements. En effet, ce dernier a publié une déclaration solennelle lors de sa constitution en juin 2017 dans laquelle il déclare que « Nous prenons l’engagement d’ancrer à chaque instant notre travail dans le réel [1] » (sic). Rappelons aux députés que dans la réalité, un enfant n’est pas attendu et mis au monde par deux femmes à la fois ! C’est injuste, pour certains insupportable, mais c’est ainsi, c’est le réel, il faut un homme et une femme pour concevoir un enfant – de la même manière que la terre est ronde et qu’un homme est un homme et non une femme. Dire le contraire, c’est se cacher la réalité, c’est faire de la science-fiction. Or l’Etat français ne peut pas cautionner une telle énormité, falsification de la réalité de la filiation.

Est-ce cela le « nouveau monde », le piétinement du vœu des Français qui se sont exprimés à plus de 80% pendant les Etats généraux de la bioéthique pour le statu quo de la PMA ? Et celui du président Emmanuel Macron de « ne pas passer en force » sur ce sujet ?

 

[1] http://www2.assemblee-nationale.fr/15/les-groupes-politiques/groupe-la-republique-en-marche/(block)/42244

 

 

 

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