Valeurs Actuelles : PMA : 200 médecins sonnent l’alarme

PMA. Inquiets des bouleversements sociaux dont la médecine pourrait faciliter l’avènement, de nombreux praticiens ont signé un manifeste visant à rappeler les fondamentaux de leur science. Ils appellent aussi le Conseil de l’Ordre à veiller à ce que la loi ne soit plus transgressée.

« La médecine est avant tout un art au service des malades. Les deux principaux buts de la médecine sont prévenir les maladies et soigner les malades. » / « Il n’appartient pas au médecin de juger de la vie. Même s’il doit accompagner les couples stériles en désir d’enfant, le médecin n’a pas tous les droits pour faire surgir la vie. » / « Le médecin ne doit pas être au service d’une idéologie quelle qu’elle soit. » etc. C’est par le simple exposé de six point cruciaux (lire le texte complet en cliquant ici) que plus de 200 médecins, parmi lesquels de nombreux pédiatres, généralistes ou psychologues, ont tenu à rappeler le fondement, donc aussi les limites, de leur métier et de leur science.

La manipulation du Monde

Car tous n’en ont pas la même perception. Voilà un an, le 17 mars 2016, le journal Le Monde publiait un article intitulé, « Nous, médecins, avons aidé des couples homosexuels à avoir un enfant même si la loi l’interdit. » Dans la version papier datée du lendemain, le quotidien du soir écrivait : « Réunis par le gynécologue René Frydman, plus de 130 médecins et biologistes de la reproduction reconnaissent être sortis du cadre de la légalité afin d’aider des couples et des femmes à avoir un enfant. » Étonné de cette revendication publique d’une action illégale qui peut valoir à son auteur 5 ans de prison et 75000 euros d’amende, un médecin lyonnais, Raphaël Nogier, cofondateur de l’association de protection de l’enfance Cosette et Gavroche, attaque devant le conseil de l’ordre du Rhône quatre gynécologues lyonnais signataires de la pétition.

Lors de la conciliation, qui se déroule le 25 octobre, les médecins incriminés démentent avoir jamais pratiqué d’acte illégal. « Ils nous ont dit qu’ils trouvaient que la présentation que faisait le Monde n’était pas juste mais qu’ils n’avaient pas osé protester » raconte Bénédicte Louis, présidente de Cosette et Gavroche. Dans le procès-verbal de conciliation (voir le document), on lit en effet « les médecins expliquent que l’accroche journalistique ne leur a jamais été soumise et qu’ils la rejettent. » L’effet médiatique reposait pourtant tout entier sur cette reconnaissance d’une violation répétée et assumée de la loi, préalable à une adaptation jugée dès lors souhaitable. Les médecins confessent aussi n’avoir eu que peu de temps entre la réception du texte (le 14 mars) et la publication de la liste des signataires le 17.

« Un petit précis d’eugénisme »

Conciliation faite, la plainte est retirée. Mais en janvier dernier, le même professeur Frydman, par ailleurs éminent praticien, chercheur brillant, père d’Amandine, la premier bébé éprouvette, née en 1982, publie un ouvrage intitulé « Le droit de choisir ». Sous-titré « Manifeste des médecins et biologistes de la procréation médicalement assistée », il constitue, aux yeux de Raphaël Nogier, « un petit précis d’eugénisme ». On y trouve notamment, outre le récit du parcours d’un médecin militant du droit à l’avortement, des phrases comme : « La loi est en retard, elle est devenue un obstacle » ; « ce que nous proposons, c’est d’augmenter l’espace de liberté des femmes. Ce qui se joue ici, c’est la dernière étape de l’autonomie des femmes. Après l’IVG, après la contraception (…) voilà l’ultime moment où elles peuvent échapper à leur soumission à la nature. » Ou encore : « Ce qui m’importe, c’est de considérer la personne qui est en face de moi et qui va porter son enfant. Qu’elle soit célibataire ou homosexuelle à ce moment-là, peu m’importe. » « Je peux confier qu’il m’est arrivé d’accepter dans ma pratique de faire une PMA pour des couples qui n’avaient pas de relations sexuelles ». Et le livre s’achève sur la publication renouvelée du Manifeste du 17 mars, avec la liste des signataires. S’appuyant sur ces aveux répétés, l’association Cosette et Gavroche attaque le professeur devant le Conseil de l’ordre des Hauts-de-Seine (département où officie le médecin).

Fixée au 22 mars, la conciliation traine en longueur. Après une heure d’exposé et trois quart d’heure d’âpre négociation, le professeur Frydman accepte finalement de signer (voir le texte) le procès-verbal dans lequel il reconnait « être opposé à laisser entendre par une accroche journalistique y compris celle du Monde publiée le 17/03/2016 que des médecins signataires auraient transgressé la loi, qu’à sa connaissance aucun acte illégal n’a été réalisé » etc. La plainte est retirée mais la suspicion demeure et, avec elle, une certaine forme d’amertume. « Pendant toute la rencontre, nous avons senti que ce que souhaitaient les conciliateurs, c’était qu’une discussion se tienne autour de la PMA, s’étonne Bénédicte Louis. La question de l’illégalité revendiquée, et orchestrée médiatiquement, semblait accessoire. »

Source : 
Mickaël Fonton / Jeudi 23 mars 2017 à 13:55
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