Ludovine de La Rochère s’adresse à Jacques Toubon à propos du Colloque sur la GPA des 17 et 18 novembre 2016

 

Madame Ludovine de La Rochère
Présidente de La Manif Pour Tous
115, rue de l’Abbé Groult
75015 Paris

 

Monsieur Jacques Toubon
Défenseur des droits
TSA 90716
75334 Paris CEDEX 07

 

                                                                                             Paris, le 12 novembre 2016

Objet : Colloque sur la GPA des 17 et 18 novembre 2016

 

Monsieur le Défenseur des droits,

Nous avons bien reçu votre réponse, dont nous vous remercions. Nous avons bien noté que votre participation à l’une des tables rondes de ce colloque serait « indépendante ».

Néanmoins, comme vous le savez, certains prétendent que la GPA pourrait être, dans certains cas, « éthique » et « altruiste », alors que, par essence, la GPA utilise des femmes pour obtenir des enfants, lesquels sont acquis en vertu d’un contrat, alors même que, légalement, un contrat ne peut concerner qu’un bien ou un service.

Par ailleurs, les mêmes souhaitent que les actes de naissance des enfants nés de GPA à l’étranger soient retranscrits à l’état civil français. Or, comme l’indiquait Manuel Valls lui-même : « La transcription automatique des actes étrangers équivaudrait à accepter et normaliser la GPA »[1].

Manuel Valls soulignait aussi qu’ «il ne faut pas laisser dire non plus que ces enfants sont sans filiation ni identité. Ils ont une filiation et une identité, mais établies à l’étranger[2] En effet, il y a clairement une désinformation répandue à ce sujet. Les enfants concernés vivent tout à fait normalement en France. L’autorité parentale de ceux qui les élèvent n’a d’ailleurs jamais été contestée. Et ils peuvent acquérir rapidement la nationalité française en vertu de l’article 21-12 du code civil.

Le problème, surtout, c’est que ces questions d’ordre administratif masquent la question humaine autrement plus grave posée par la pratique des mères porteuses. Elle correspond, de fait, à la définition même de l’esclavage donnée à l’article premier de la Convention relative à l’esclavage de 1926 : « état ou condition d’un individu sur lequel s’exercent les attributs du droit de propriété ou certains d’entre eux ». La GPA considérant que la femme peut être louée, à titre onéreux ou gratuit, et que l’enfant peut être donné ou vendu, et acquis, cette pratique est une nouvelle forme d’esclavage.

La question essentielle de la GPA n’est donc pas d’ordre administratif, mais d’ordre humain : le respect des droits de la femme et de l’enfant impliquent de condamner sans ambigüité toutes formes de GPA et de lutter très fermement contre cette pratique.

Et, comme nous, vous êtes certainement conscient du fait que la tolérance à l’égard de cette pratique au motif qu’elle révélerait une « évolution de notre société globale » – expression employée dans la présentation officielle du colloque des 17 et 18 novembre – est inacceptable. Doit-on laisser prospérer la guerre au motif qu’elle est depuis toujours très répandue ?

Nos sympathisants demandent avec insistance, notamment sur les réseaux sociaux, si vous rappellerez que cette pratique est illégale et si vous soulignerez clairement, comme défenseur des droits, que la GPA, sous toutes ses formes et modalités, doit être combattue avec détermination.

Enfin, vos interventions étant habituellement publiques et accessibles en ligne, nos sympathisants demandent à quel moment ils pourront prendre connaissance de votre prise de parole. Serait-il possible de recevoir votre texte à l’issue de votre intervention ?

Dans l’attente de votre réponse, je vous en remercie d’avance et vous prie d’agréer, Monsieur le Défenseur des droits, l’expression de mes respectueuses salutations,

 

 

Madame Ludovine de La Rochère
Présidente de La Manif Pour Tous

 

 

 

[1] Interview du Premier ministre parue dans le quotidien La Croix le 3 octobre 2014.

[2] Idem