[Lu dans Le Point] La Manif pour tous écrit à Emmanuel Macron

Dans une lettre ouverte au candidat à la présidentielle, la présidente de la Manif pour tous propose une rencontre à Emmanuel Macron pour clore la polémique.

Depuis quelques jours, l’ancien ministre de l’Économie semble être entré dans une mauvaise passe, attaqué à gauche comme à droite pour ses propos contradictoires et les polémiques qu’ils suscitent, à commencer par le fait d’avoir qualifié, depuis l’Algérie, la colonisation du pays par la France de « crime contre l’humanité ». À la suite de ses déclarations-chocs, le voilà désormais obligé de déminer, voire de faire son mea culpa. En visite sur les terres électorales du FN, à Carpentras, le leader d’En marche !, pris à partie par les manifestants et des représentants de rapatriés d’Algérie, avait dû se défendre de pratiquer « le grand écart » électoral.

La colère de la communauté LGBT

Mais c’est aussi du côté gauche de l’échiquier qu’Emmanuel Macron a dû faire marche arrière : jeudi, il avait jugé que les opposants au mariage homosexuel avaient été « humiliés » durant le quinquennat. Des propos qui avaient provoqué un tollé à gauche et chez les associations LGBT. Le candidat a donc dû faire son mea culpa dans L’Obs auprès de « la communauté homosexuelle », elle aussi « humiliée ». Se posant cette fois en « défenseur » de la communauté homosexuelle, il a tenu à rappeler que « sur le fond, la communauté LGBT sait (son) profond attachement au progrès de ses droits ». Il s’est par ailleurs dit favorable à la procréation médicalement assistée (PMA) pour les couples lesbiens.

Ce va-et-vient idéologique, a amené Ludivine de La Rochère, présidente de la Manif pour tous, à lui adresser une lettre ouverte ce samedi, lui proposant de le rencontrer dans les prochains jours afin de « clore la polémique ». « En tant que secrétaire général de l’Élysée, vous avez suivi au plus près les débats autour du projet de loi ouvrant le mariage et l’adoption aux personnes de même sexe », rappelle-t-elle. « Dans une interview accordée à L’Obs et publiée jeudi dernier, vous soulignez, à juste titre, que les opposants à ce changement de civilisation, pour reprendre les mots de Christiane Taubira, ont été méprisés. Il ne faut jamais humilier, il faut parler, il faut partager des désaccords, avez-vous déclaré. Ce mépris a été effectivement ressenti fortement par un nombre immense de Français, mobilisés dans le calme, l’enthousiasme et la détermination tout au long de ce quinquennat. »

« Leaders outranciers »

Revenant sur les vives réactions de la communauté LGBT à la suite des déclarations du leader d’En marche !, la présidente de la Manif pour tous estime que « ce que défend la Manif pour tous est universel et ne pas en reconnaître l’évidence, c’est se mettre un bandeau sur les yeux pour ne pas voir le réel et se laisser piéger par l’idéologie et la crainte de groupuscules radicaux ». Revenant sur le fait que les propos du candidat « ont provoqué une vive réaction d’une poignée de militants radicaux, témoignant une nouvelle fois de leurs difficultés à débattre et à faire vivre la démocratie ». Mais elle lui reproche en revanche d’expliquer que ces manifestants paisibles, ceux-là même qui ont été humiliés, « ne se reconnaissaient pas dans les leaders outranciers de la Manif pour tous ». « Permettez-moi de vous faire part de ma stupeur et de mon incompréhension en lisant ces propos. Aucun leader, ni même aucun cadre, animateur, militant actif de notre mouvement n’ont tenu de propos outranciers. (…) Comment les Français pourraient-ils comprendre que vous parliez de leaders outranciers alors que ceux-ci ne font précisément que rappeler que l’enfant a, évidemment, besoin d’un père et d’une mère, ne serait-ce que pour venir au monde ! ? »

« Vous avez, à de nombreuses reprises, souligné la nécessité d’une méthode de gouvernement qui repose sur le dialogue et la concertation, conclut la responsable du mouvement né des manifestations contre la loi Taubira. Aussi, je vous propose de nous rencontrer dans les prochains jours. Cela sera l’occasion d’échanger sur nos points de vue, nos convictions. » Mais il est très peu probable qu’Emmanuel Macron prenne le risque, à deux mois à peine du premier tour, de susciter à nouveau la colère de la communauté LGBT.