Grand débat ou grand blabla ?

Après les États généraux de la l’alimentation, des retraites, de la bioéthique, voilà le Grand débat pour essayer d’enrayer les actes sans fin des Gilets jaunes ! Les contributions seront-elles prises en compte ? Le débat est-il impartial ? Quels sont les signaux dont nous disposons ?

 

Grande objectivité ?

A la coordination, deux membres LREM du gouvernement, Sébastien Lecornu, Ministre auprès de la Ministre chargée des territoires, et Emmanuelle Wargon, Secrétaire d’Etat auprès du Minstre de la Transition écologique et solidaire. Chargés de mobiliser et de suivre l’avancée des débats, ils n’ont qu’une mission : faire de ce débat un « succès démocratique ». Pour assurer « l’impartialité et de la transparence de la démarche » est prévu un second bouclier, constitué d’un collège de 5 garants ; sous leur contrôle, toutes les contributions « seront rendues publiques (…) » (communiqué du Premier ministre du 14 janvier 2019) ; en temps réel ? Sur quelle plateforme ? De quelle façon : vidéo, compte-rendu écrit, verbatims ? La diversité des acteurs (associations, mairies, particuliers auxquels est fourni un kit d’organisation…) portant la responsabilité de la collecte des contributions qu’ils recueillent peut plaider en faveur d’une certaine objectivité, même si l’on peut se demander comment sera réalisée la synthèse de débats tous aussi différents sur le fond (questions abordées…) que sur la forme (temps de parole…) dont le Comité de suivi des partis est déjà mis à mal par le boycott de certains partis (LFI, EELV et MRC) qui ne veulent pas être pris pour les dindons d’une farce pseudo-démocratique.

 

Grande neutralité ?

Début janvier, Chantal Jouanno s’est retirée de l’organisation du Grand débat pour cause d’ingérence du Gouvernement. Selon Médiapart, c’est bien en amont de la polémique sur sa rémunération qu’elle avait informé le Gouvernement qu’elle renonçait à sa mission, le pilotage opérationnel du grand débat échappant à la Commission nationale du débat public (CNDP) qu’elle présidait… Dans son rapport du 11 janvier, la CNDP mentionnait notamment que le kit méthodologique ne pourra pas être sous logo CNDP étant donné que le Gouvernement « a souhaité le modifier et le valider », ou encore émettait « des réserves quant à [l’] encadrement du débat » (recours à un questionnaire sur quatre thématiques gouvernementales, ndlr.).

 

Grandes restrictions

Le fait que le Gouvernement restreigne le débat à 4 grands thèmes a été vivement critiqué par Chantal Jouanno. Au sein de ces thèmes imposés, seules deux variables laissent la place à une expression un tant soit peu libre : le titre de la proposition mise en ligne par les participants, et la dernière ligne en pied de questionnaires : « Y a-t-il d’autres points (sur l’un des 4 grands thèmes de la consultation, ndlr) sur lesquels vous souhaiteriez vous exprimer ? » En outre, le débat sur certaines valeurs, via l’amalgame incongru « IVG, peine de mort et mariage pour tous », avait ainsi été écarté. Cette censure thématique a plutôt inspiré les Français. Par exemple, le 16 janvier, les artisans ont demandé à ce que le sujet de l’économie et de l’emploi soit ajouté au grand débat et ont lancé une consultation sur 5 thèmes ; le 28 janvier, le club des 5 garants a plaidé pour l’ouverture d’une nouvelle rubrique sur le site Internet afin d’« accueillir les contributions libres » ; le 30 janvier, La Manif pour tous s’est exprimée aussi en ce sens ; le même jour, les Gilets jaunes ont lancé leur « vrai débat » sur 9 thématiques et sans questionnaire, procédé jugé « non valable »… Tout cela sera-t-il pris en compte ? Pour l’heure, silence assourdissant de l’Elysée.

 

Grand oublié…

« Sur les ronds-points, les gens disent d’abord qu’ils sont tout seuls. Cette solitude est aussi liée à la question de la famille », rappelait le philosophe et homme politique François-Xavier Bellamy à un Thierry Ardisson dans ses petits souliers, le19 janvier dernier sur C8. « Je pense qu’il faudrait revoir en profondeur la politique de la famille (…), poursuit-il. [D]ans ce monde où tout est mouvant, on a besoin de repères clairs et stables. Cela fait trop longtemps qu’on est en train de détricoter (…) ce qui faisait une des forces de notre pays. Le fait qu’il reposait sur la solidité des liens familiaux ». Un thème sociétal pourtant balayé par le Gouvernement organisateur du Grand débat. C’est pourquoi La Manif Pour Tous se saisit d’une brèche, ouverte par Emmanuel Macron lui-même, pour inviter les Français à se mobiliser.

 

Dans le cadre du Grand Débat National, le Président Emmanuel Macron joue sa crédibilité. Un capital déjà bien entamé depuis les Etats généraux de la bioéthique qui ont mis en évidence l’absence indiscutable de consensus en faveur de la PMA sans père, conditions qu’il avait lui-même fixées comme préalables à toute évolution de l’encadrement de la PMA ne sont pas réunies. Si Emmanuel Macron choisissait de passer en force, sur la PMA comme sur le Grand Débat, sa caution démocratique est en jeu. A bon entendeur.


A retenir !

Témoignage d’un participant : « J’ai été profondément choqué que la règle du jeu permette à nos deux animateurs (en l’occurrence, deux sympathisants LREM) de formuler eux-mêmes des propositions. Du coup, à l’issue de chaque domaine abordé, nous avions droit à la proposition télécommandée par Jupiter : une fois sur la fiscalité des expatriés , une autre sur la hausse des droits de succession… Proposition distillée à chaque fois en clôture d’un thème, histoire que l’on retienne bien. »