Le Figaro : Famille, éthique: le lobbying des associations avant la présidentielle

Mariage homosexuel, procréation médicalement assistée, euthanasie, IVG: des marqueurs politiques, généralement prisés par les candidats pour souligner leur appartenance à un camp et illustrer leurs valeurs. Comme lors de la présidentielle de 2012, où la question du mariage homosexuel avait agité les politiques. La campagne de 2017, marquée par les affaires et le délitement des partis, est évidemment moins propice à ce type de débats. Au grand dam du milieu associatif, qui abreuve les partis de questionnaires et multiplie les actions de lobbying.

Forte des impressionnantes manifestations de 2013, la Manif pour tous a renforcé son offensive auprès des candidats de droite en mars. À commencer par François Fillon. L’ancien premier ministre a beau avoir reçu le soutien de Sens commun – émanation politique du mouvement au sein des Républicains – ses engagements sont jugés trop timides. Et si le FN va plus loin en proposant l’abrogation de la loi Taubira, Marine Le Pen reste pour sa part très discrète sur cette promesse. De quoi contrarier Ludovine de La Rochère, présidente du mouvement. «La droite semble paralysée. Elle propose de faire quelques pas en arrière, sans anticiper, sans véritable vision anthropologique. À un an de la révision des lois bioéthiques, c’est très grave. On ne peut pas en rester à une vision allocative et fiscale de la politique familiale», tacle la figure de proue de la Manif pour tous. Pour verrouiller la filiation «père-mère-enfant», elle a rencontré Marine Le Pen à la mi-mars et François Fillon à la fin du mois. Son message est-il passé? La première s’est dite «consciente de la portée du sujet», selon Ludovine de La Rochère. Quant au candidat des Républicains, «il est prêt à réfléchir à un élargissement du périmètre de la politique de la famille pour mieux tenir compte des enjeux à venir sur la bioéthique et la filiation», rapporte-t-elle. L’association pro-vie Alliance Vita a pour sa part lancé une campagne «biopolitique» avec la diffusion d’un million de tracts dans 200 villes pour dénoncer «la casse sociétale du mandat de François Hollande». «Malheureusement, ceux qui prétendent à l’alternance semblent tétanisés», déplore Tugdual Derville, délégué général du mouvement.

Des positions opposées

Avec des positions opposées, les associations de défense des droits LGBT (lesbiennes, gays, bi et trans) font elles aussi le constat d’une certaine tiédeur chez les candidats de gauche. Signe de la morosité ambiante, le traditionnel meeting organisé par l’inter-LGBT avec les représentants des partis avant les élections présidentielles est tombé aux oubliettes. Et l’heure est plus à la dénonciation des «énormes renoncements» du quinquennat qu’au satisfecit.

L’APGL (Association des parents et futurs parents gays et lesbiens) et l’inter-LGBT ont cependant envoyé des questionnaires aux politiques pour les inciter à prendre position en faveur de nouveaux droits. Parmi leurs priorités: l’ouverture de la PMA à toutes les femmes sans condition médicale d’infertilité, la réforme de la filiation pour reconnaître le parent social ou encore la lutte contre les «LGBT phobies» à l’école. «Des combats qui ont moins de visibilité que ceux du mariage et de l’adoption pour tous», reconnaît Dominique Boren, de l’APGL. «L’ambiance n’a rien à voir avec celle de 2012», admet Denis Quinqueton, président d’Homosexualité et socialisme.

Certes, la proposition de la «PMA pour toutes» figure dans les programmes de Benoît Hamon et de Jean-Luc Mélenchon mais ces derniers l’évoquent à peine. Au PS, «on n’oublie pas que l’ouverture de la PMA a divisé le parti pendant le quinquennat…», pointe un conseiller. Comme François Hollande avant lui, le candidat d’En marche! se réfugie pour sa part derrière l’avis du Comité consultatif national d’éthique avant de promettre la «PMA pour toutes». Il est cependant incertain que cet avis, repoussé à plusieurs reprises depuis quatre ans, donne une réponse tranchée sur la question. Dans leurs interventions, Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon privilégient un autre thème, celui de la légalisation de l’euthanasie, qui remporte l’adhésion des Français dans les sondages. Fin mars, la lettre aux candidats d’Anne Bert, une femme de 59 ans atteinte de la maladie de Charcot pour leur demander un droit à l’euthanasie, a également fait les gros titres. Même s’il n’occupe qu’un temps très réduit des débats, «c’est un thème qui arrive à faire surface, se félicite Jean-Luc Romero, président de l’Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD), apparenté PS. Dans ce contexte, c’est un exploit!»

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Par Agnès Leclair  | Publié le 31/03/2017 à 19h06
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