Chronique LMPT « Retour sur un vote à la hussarde en Allemagne »

Les médias n’en sont toujours pas revenus, ni les démocrates, mais pas pour les mêmes raisons : la loi légalisant le mariage entre deux personnes du même sexe a été adoptée en Allemagne le 30 juin dernier à l’issue de moins de 40 minutes de débats au Bundestag. Pourquoi le débat a-t-il été aussi court ? Qu’est-ce que cela dit de la démocratie allemande ? Le lobby LGBT n’est-il pas en contradiction avec ce qu’il défend ?

Alors qu’elle y a toujours été opposée, c’est la chancelière démocrate chrétienne (CDU) Angela Merkel qui a permis que ce vote ait lieu. Ce faisant elle a tordu la règle de la Grande coalition avec les sociaux démocrates (SPD) suivant laquelle ne sont débattus au parlement que les projets de lois inscrits au « contrat » qui les lient depuis le début de la législature. Or ce projet ne l’était pas. Mais les élections législatives ont lieu en septembre prochain. L’opposition en avait fait une mesure phare de son programme. Aussi, en laissant les députés libres de voter « en conscience », Angela Merkel a coupé l’herbe sous les pieds de ses adversaires. Les groupes social-démocrate, vert et gauche radicale (tous favorables au projet de loi) disposaient d’une majorité de 320 députés sur 630 ; en ajoutant les voix de députés de la CDU, la loi était sûre d’être adoptée ; c’est ce qui arriva.

Pourtant la CDU était opposée à cette loi, et le reste. Quant à Angela Merkel, elle a voté contre, déclarant que « le mariage, selon la Constitution, est l’union d’un homme et d’une femme » et « je dois vous dire très honnêtement que j’ai du mal avec l’égalité totale (entre coupes hétéro et homosexuels). J’ai des doutes en ce qui concerne le bien de l’enfant ».

Des médias français ont applaudi ce vote « sans psychodrame ». En effet, il n’y a littéralement pas eu de débats. Prenant tout le monde de court, la chancelière a donné son accord pour ce vote lundi 26 juin. Il ne restait alors plus que 4 jours de législature. Voilà qui explique ce vote à la hussarde.

Bien que souvent cités en exemples comme des démocrates modèles, les Allemands ont montré là une étrange conception de la vie démocratique. Celle-ci peut se résumer dans la déclaration de Thomas Oppermann, président du groupe parlementaire social-démocrate : « La balle est au point de pénalty et le gardien de but est absent. C’est le moment de tirer ». Mais alors, à ce jeu, pourquoi ne pas supprimer l’équipe adverse tant qu’à faire ? Cela faciliterait l’adoption des nouvelles lois. En effet, pourquoi débattre ? Il suffirait pour cela de s’appuyer sur les sondages (qui étaient favorables au projet de loi nous dit-on évidemment).

Les couples hommes-femmes diffèrent des couples de personnes de même sexe pour ce qui est de fonder une famille, c’est un fait. En Allemagne, les couples de deux hommes ou de deux femmes avaient le « partenariat de vie » qui offre les mêmes droits que le mariage hormis la filiation. La logique de ces dispositions est à la portée d’un enfant de 4 ans.

Mais ces dispositions n’ont même pas fait l’objet d’une discussion publique, pas un Allemand n’a pu s’exprimer. Le débat serait-il à craindre ? La réflexion serait-elle dangereuse ? Le mariage gay serait-il un tabou ?

Quoiqu’il en soit, pour des motifs de stratégie électorale court-termiste, Angela Merkel a préféré céder aux sirènes du temps et imposer silence à sa conscience.

Et les circonstances du vote qui a suivi sont révélatrices, non pas d’une société apaisée ou consensuelle, mais d’un état d’esprit, pour certains, de « mutins de panurge » (Philippe Muray).